• Barrage de Taksebt : un plan d’eau féérique



    Il étanche la soif de cinq wilayas et constitue un plan d'eau pour le tourisme. L'imposant  barrage de Taksebt, que longe la RN 30, draine, toute au long de l'année, particulièrement en été, de plus en plus de monde.

    On vient, entre amis ou en famille, pour se détendre, se déstresser et oublier, l'espace de quelques heures, les tracas de la journée. Il est 17 heures. Le soleil est passé derrière les imposantes collines surplombant le barrage. Des dizaines de voitures sont garées sur le côté droit de la route, en allant vers le Djurdjura. Des hommes, des femmes et des enfants ont pris place sur les berges du barrage. La majorité est venue de Tizi Ouzou, les autres sont descendus des villages des alentours.

    Ce barrage, en ces temps de canicule qui atteint parfois le pic des 40 degrés dans la région, attire des centaines de personnes à la recherche d'un peu fraîcheur. L'ouvrage, imposant, s'étend sur une superficie inondée de plus de 550 ha. Il constitue une attraction pour les amateurs du grand air. Il est devenu un lieu de détente, de repos et d'évasion pour les habitants des villes et villages voisins. C'est aussi un lieu de méditation pour les poètes et les artistes en herbe, nombreux dans la région.
    «On descend presque toutes les après-midi ici pour nous détendre et jouer de la guitare », dira Mohand, étudiant à l'université de Tizi Ouzou. Il était avec quatre amis, assis face au grand lac, en train d'interpréter des chansons de deux grands chanteurs de la région : Lounès Matoub, assassiné par un groupe armé près de Tizi Ouzou le 25 juin 1998, et Lounis Aït Menguellat. Les cinq copains sont de l'un des villages surplombant le versant ouest du barrage.

    A quelques mètres de là, presque les pieds dans l'eau, Ammi Moh, un homme âgé d'environ 65 ans, assis le dos appuyé sur un talus, surveille sa canne à pêche. Il donne l'impression de s'y connaître. Il a déjà mis dans son couffin deux belles pièces, «des carpes», laisse-t-il tomber. «C'est un ancien de Bab El-Oued et de Bologhine. Il a l'habitude de la pêche à la ligne», explique son voisin, Brahim, la cinquantaine, qui travaille à Alger, mais qui passe chaque week-end dans son village natal.

    Brahim est un novice en matière de pêche. La chance n'est pas toujours de son côté. «La plupart du temps, je retourne bredouille à maison». Il se penche, ramasse une pierre et la balance dans l'eau pour éloigner un couple de canards. «On se dispute gentiment les poissons», dira-t-il avec sourire. Il attendait des amis qui viendraient de Tizi Ouzou.
    «Mon village se trouve sur l'une de ces collines, à moins de deux kilomètres du barrage. Donc je viens ici parce que c'est animé. C'est aussi un endroit agréable.
    On ne se lasse jamais de contempler cet immense plan d'eau. Les gens viennent de Tizi Ouzou, mais aussi des villages voisins», dit Brahim.

    Le lac ne laisse personne indifférent

    Le barrage de Taksebt, qui a nécessité un investissement de 540 millions d'euros, ne laisse personne indifférent.
     L'automobiliste, surtout s'il est étranger à la région, s'il ne fait pas une halte, réduit la vitesse de son véhicule pour admirer la beauté du paysage qui est encore à l'état sauvage. Il n'y a ni buvette, ni restaurant, ni gargote.
    Les amateurs du grand air et les adeptes de Bacchus veillent ici jusqu'à une heure avancée de la nuit.
    Le barrage est situé à Oued Aïssi, à 10 km au sud-est de Tizi Ouzou. Il est entouré de cinq daïra (Tizi Ouzou, Ath Douala, Ouadhias, Ath Yenni et Larba Nath Iraten), de plusieurs communes et de dizaines de villages implantés comme des nids d'aigles sur les collines environnantes. Il dispose d'une capacité de 175 millions de m3 d'eau destinée à alimenter les régions de Tizi Ouzou, Boumerdès et Alger. Sa mise en service officielle est intervenue le 5 juillet 2007.

    Lorsque les infrastructures de raccordement seront totalement achevées, le problème de l'eau potable sera réglé pour de nombreuses années pour les trois régions concernées. En fait, c'est l'ensemble des villes et villages du «couloir Tizi Ouzou-Alger» qui seront alimentés. Le projet de transfert de l'eau de Taksert aura coûté, à lui seul, la bagatelle de 500 millions d'euros, presque la facture de l'ouvrage. Il comprend une station de traitement, une station de pompage, des tunnels dont une canalisation de 95 km pour permettre le transfert de 150 millions de m3 par an.

    Un barrage, c'est bien, le protéger, c'est mieux

    L'eau va pouvoir, enfin, couler sans interruption dans les robinets de cette partie du pays. Des chiffres indiquent qu'avant la mise en service du barrage de Taksebt, les besoins en eau potable des régions de Tizi Ouzou et d'Alger étaient couverts à 55% seulement. Le déficit expliquait les coupures et les pénuries vécues à l'époque. Déjà, à Alger, depuis plusieurs mois, les ménagères ont mis «hors service» leurs citernes et remisé au fin fond des placards de leurs cuisines les fameux jerricans servant à stocker l'eau.
    Mieux, selon des spécialistes, le barrage de Taksebt permettra de préserver les nappes aquifères de la Mitidja, surexploitées durant des années.

    L'eau, c'est la vie. Et il faudra bien penser, dès aujourd'hui, aux générations futures. Car le problème de ce précieux liquide se posera, plus tard, avec acuité. Des spécialistes ne cessent de tirer la sonnette d'alarme.
    «Au plan mondial, la question de l'approvisionnement en eau devient chaque jour plus préoccupante. Le constat unanimement partagé est simple
     : déjà précaire dans certaines régions du globe, la situation ne pourra qu'empirer dans les années à venir. Le formidable essor démographique que va en effet connaître notre planète dans les vingt-cinq prochaines années va nécessairement s'accompagner d'une explosion de la consommation en eau et d'une dégradation de sa qualité», selon le Centre national de la recherche scientifique (CNRS, français). «Cela risque de mettre gravement en péril le ravitaillement en eau douce d'une grande partie de l'humanité et par voie de conséquence d'aggraver les conflits entre pays voisins ayant des ressources communes», a-t-il relevé dans une étude.
    Le risque d'une pénurie d'eau au niveau mondial n'est pas une vue de l'esprit. Tout le monde en est conscient, mais il semble que les pays, malgré des rencontres et autres forums sur l'eau, n'arrivent pas à définir une stratégie d'action globale pour y faire éventuellement face.
    Mais en attendant, accordons un peu plus d'attention à l'eau de chez nous, dans notre pays. Avoir des barrages est une chose, mais les protéger de la pollution en est une autre. Une question délicate, pertinente.
    Ceci est valable justement pour le barrage de Taksebt, quotidiennement agressé par des dépôts d'ordures, de gravats et de détritus de toutes sortes. Certains coins du pourtour du site sont transformés en décharges sauvages. L'absence de clôtures et de surveillance facilite toutes les agressions.
    L'autre risque de pollution vient des décharges des villages des communes de Larba Nath Iraten, Ath Yenni, Ath Douala, Ath Mahmoud, Ath Aïssi, Ath Ouacifs et Ouadhias, dont les affluents et autres rivières charriant des eaux toxiques débouchent sur Taksebt.

    Un responsable du secteur de l'hydraulique de Tizi Ouzou a déjà sonné l'alerte. «Il suffit qu'il y ait une forte averse pour que les dégâts apparaissent», car «les eaux de pluies pourraient charrier d'énormes volumes d'ordures encombrantes et d'importantes quantités d'eau toxique qui proviennent des décharges», selon un responsable de la direction de l'environnement de la wilaya de Tizi Ouzou.
    Des parades existent. Elles résident dans le «nerf de la guerre». Il faut, en effet, de gros moyens financiers pour prévenir, ou tout au moins réduire, les risques de pollution de Taksebt. «Tizi Ouzou a enregistré du retard dans ce domaine par rapport à d'autres régions. L'argent existe et nous allons généraliser l'ouverture des centres d'enfouissement technique», avait dit le secrétaire général du ministère de l'Hydraulique dans la presse quotidienne.

    Il est vrai que l'éradication des décharges réside dans la création de centres d'enfouissement. Mais là aussi, un problème ce pose
     : celui de trouver des sites pour les accueillir. La démarche nécessite un gros travail de sensibilisation et de persuasion, à mener en direction des habitants. Il s'agira de les convaincre, par des exemples réalisés en Algérie ou dans d'autres pays, que l'ouverture de ce type de centres constitue, pour l'heure, la seule alternative à la protection de Taksebt.
    Entretemps, le barrage prend chaque jour de l'«épaisseur». Il continue de gagner du terrain en avalant, dans son extension vers le sud, en direction du pont de Takhoukht, arbres, vieilles bâtisses, anciens pylônes d'électricité et poteaux de lignes téléphoniques.

    Taksebt à classer en zone humide à intérêt national

    Taksebt, sur lequel veille le majestueux Djurdjura, est un site à protéger. Son principal ennemi, c'est l'homme. En plus des décharges sauvages, toutes ces centaines de bouteilles et de canettes de bière vides, tous ces «cadavres» en verre et en aluminium qui jonchent les bords de la route et du barrage, agressent et le site et le regard des passants et des visiteurs. Pire : des centaines de bouteilles tapissent le fond du barrage. 
    Pourtant, les services de la voirie avaient bien fait leur boulot, en installant de grandes poubelles en fer. Mais elles n'ont pas résisté aux prédateurs. Elles ont été soit arrachées, soit volées. Il est difficile dans ce cas de lutter contre un tel incivisme qui participe à la dégradation du site.

    L'endroit devrait être classée plus tard zone humide à intérêt national, une fois que «la faune et la flore se développent, se stabilisent et s'y adaptent», avait déclaré un responsable des forêts, à l'occasion de la Journée mondiale des zones humides. Car Taksebt est devenu aussi une «base-vie» pour plusieurs espèces d'oiseaux locaux et migrateurs. Des lâchages de carpes et de canards y ont été effectués. «Mais leurs reproductions sont perturbées par les pécheurs et les braconniers qui ne respectent pas les périodes de la pêche et de la chasse», dira Mokrane, harnaché d'un gilet de chasse, d'une cartouchière et d'un vieux fusil de chasse, rencontré sur la route qui mène vers Ath Frah, du côté du versant est du barrage. Il venait de participer, avec des amis, à une partie de chasse au sanglier, une espère nuisible pour les potagers et les cultures vivrières. Le sanglier a connu une forte prolifération au cours de ces 15 dernières années.

    Maintenant que le barrage de Taksebt est mis en marche, les autorités locales ont déjà engagé la réflexion sur les activités susceptibles d'être développées pour valoriser le lac. Des participants à une journée portes ouvertes organisée le 9 juillet 2008 par l'Assemblée populaire de la wilaya (APW) de Tizi Ouzou, ont évoqué l'éventualité de créer des infrastructures touristiques et de loisirs sur les berges du lac. Lesquelles infrastructures pourraient, grâce à l'argent des droits et taxes qu'elles vont engranger, financer la gestion, l'entretien et la protection du site. Des investisseurs commencent déjà à lorgner du côté de Taksebt.  Finalement, à Tizi Ouzou, on a de l'eau, des idées et de la suite dans les idées.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Mohamed Arezki Himeur 

    Le Cap, bimensuel – Algérie
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