• Chanson : les reprises et le plagiat freinent la création

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    Interview recueillie par Mohamed Arezki Himeur

    Le Cap, revue bimensuelle n° 15, alger

    Ben Mohamed n'est plus à présenté. Poète, parolier, ancien producteur d'émissions culturelles à la chaîne II (et futur directeur d'une radio communautaire à Paris), l'auteur de l'indétrônable chanson « A vava inouva », interprétée par Idir, pointe l'index sur l'école. C'est elle, l'école, qualifiée déjà par plusieurs responsables politiques de sinistrée, la coupable. Elle est responsable de la pauvreté culturelle ambiante.
    Et la chanson, comme tout le reste, pâtit, elle aussi, de cette situation. Elle est touchée de plein fouet, comme l'illustre le phénomène des reprises et du plagiat pratiqués au vu et au su de tous, presque à l'échelle industrielle. Deux maux aux effets dévastateurs, nuisibles à la création. Le résultat est là : depuis de nombreuses années, aucun chanteur n'a réussi à sortir du lot. La chanson à texte et les belles mélodies sont mises sur la touche. Les reprises et les chansonnettes sans âmes ont pris le dessus, avec la bénédiction et les encouragements de bon nombreux de « marchands de chansons », qui se prétendent éditeurs.
    Le rôle de l'éditeur « est
    de découvrir de bons artistes ». Encore faut-il qu'il ait « les compétences nécessaires » dans le domaine, dira Ben Mohamed. L'absence de professionnalisme fait que « le seul critère » qui intervient dans le choix d'une chanteuse ou d'un chanteur est celui de la rentabilité, du tiroir-caisse. « On n'a pas encore d'éditeurs au sens professionnel du terme », déplore-t-il.
    Le public n'est pas exempt de réprimandes. Lui aussi est, en partie, responsable de la baisse de la qualité de la chanson algérienne. « Quand le public exigera de la qualité et cessera d'acheter du mauvais produit, les producteurs de spectacles ou de disques, cesseront d'encourager des charlatans en les enregistrant et en les commercialisant », estime Ben Mohamed.

    Comment expliquez-vous ces phénomènes de reprises et de plagiat dans la chanson ? Est-ce par facilité ou parce qu'il y a "pénurie" de paroliers et de compositeurs ?

    C'est la baisse du niveau culturel général qui me semble être la source de ces reprises « appauvrissantes » et des plagiats. Nous avons affaire à cette génération formée par une école dont la mission se limite à enseigner le « parcoeurisme » et la haine de l'autre, au lieu de transmettre le vrai savoir, le sens de l'analyse, l'esprit critique et la libération des énergies créatrices.
    Il faut préciser que cette pauvreté sévit dans tous les domaines de la création culturelle, technique ou scientifique.
    S'agissant de la pénurie de paroliers et de compositeurs, je pense qu'elle a les mêmes causes mais aussi que les interprètes préfèrent se prévaloir du statut d'auteur-compositeur-chanteur, qu'ils estiment plus valorisant et plus rentable.

    Ces phénomènes ont-ils des conséquences sur la création ?

    Plus le niveau culturel baisse, plus la chanson va s'appauvrir. Pire encore,  la chanson de qualité et plus généralement l'œuvre de qualité sera incomprise et marginalisée, donc les créateurs réduits au silence.

    Que doit faire pour endiguer le phénomène ?

    Quand le public exigera de la qualité et cessera d'acheter du mauvais produit, les producteurs de spectacles ou de disques, cesseront d'encourager des charlatans en les enregistrant et en les commercialisant. C'est seulement, à partir de là que le marché de l'Art retrouvera ses valeurs.

    Quelles démarches un parolier ou compositeur (ou ses ayants droits) peut-il entreprendre pour protéger ses œuvres ?

    Il y a normalement la justice, mais comme pour le moment elle ne s'écrit qu'avec un petit « j », il faut donc avoir beaucoup de temps, un gros budget et un bon avocat pour se lancer dans cette aventure.
    L'autre solution est, pour les concernés, de créer un Association capable de faire pression sur l'ONDA pour qu'il mette ses moyens juridiques au service des artistes lésés.

    La radio et la Télévision peuvent-elles contribuer à la lutte contre le phénomène en refusant par exemple de diffuser les reprises et les plagiats ?

    Effectivement, ces institutions sensées être culturelles, peuvent jouer un rôle important de développement du niveau culturel des auditeurs en confiant le travail de production des émissions et de la programmation à des personnalités compétentes dans le domaine.
    Les producteurs d'émissions peuvent, par un travail de recherche sérieux, démontrer la qualité des œuvres qui le méritent et la médiocrité des autres. Quant aux programmateurs de chansons, ils auront à écarter tout simplement la médiocrité de leurs grilles.

    Et les éditeurs dans tout ça ?

    Il faut peut-être rappeler que le rôle d'un éditeur est de découvrir de bons artistes. Pour cela, il faut qu'il ait les compétences nécessaires dans le domaine. Puis, il enregistre l'œuvre et, enfin, il fait la promotion de son produit. Chez nous, les critères de professionnalisme ou de qualité n'interviennent nulle part.
    Le seul critère qui intervient est celui de la rentabilité : un chanteur « se vend », il « achète ». En fait, on n'a pas encore d'éditeurs au sens professionnel du terme.

    M.A.H

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