• Par Mohamed Arezki Himeur
    (publié en 2013 dans Algérie Confluences)

    A son épouse qui lui demandait, à son retour à maison tard le soir, où il était passé de toute la journée, un taximen algérois répondit qu’il était parti en course dans un village du bout du monde.
      Il s’agit d’Ath Ouavane construit à près de 1.200 mètres d’altitude, sur le flan abrupt du col du même nom (Tizi n’Ath Ouavane) qui trône, lui, à environ 1.700 mètres d’altitude, sur le massif montagneux du Djurdjura, à 70 km au sud-est de Tizi Ouzou (170 km à l’est d’Alger).

    Rejoindre Ath Ouavane, un des 13 villages de la commune d’Akbil, n’est pas une tâche facile. La signalisation routière fait défaut. Comme partout ailleurs en Algérie, en zones montagneuses et enclavées. Il est relié au monde extérieur par une seule route étroite, parfois impraticable en hiver, parce qu’obstruée par des montagnes de neige isolant du même coup, pendant des jours, voire des semaines, Ath Ouavane des villages environnants.

    Ath Ouavane a durement souffert durant la guerre d’indépendance. Il a été l’un des premiers villages de Kabylie à faire l’objet de bombardements intenses et répétés au napalm des forces armées coloniales. Parce qu’il abritait le premier Poste de commandement (PC) des moudjahidine de la wilaya III. Le PC était installé dans la maison du défunt Dda Bélaïd, un homme respecté aussi bien par ses coreligionnaires que par les chefs des combattants de la région, y compris par le colonel Amirouche, Krim Belkacem et Abane Ramdane notamment. Arrêté et torturé, Dda Bélaïd a été tué, plutôt assassiné, par les militaires français sur la place du village, devant les habitants.

    Le premier « accrochage » entre Ath Ouavane et la France coloniale remonte aux débuts du siècle dernier. Les habitants du village ont
    réussi à tenir tête, à faire courber l’échine à un arrogant administrateur de la commune mixte du Djurdjura basée à Aïn El-Hammam (ex-Michelet).  Celui-ci a fait recours à tous les moyens répressifs de la colonisation pour déposséder et priver ce village montagneux et enclavé de sa principale et unique richesse : l’eau d’une source utilisée, depuis les temps immémoriaux, par les habitants pour l’arrosage des potagers et des petits jardins familiaux.  Mais sans succès. Les habitants d’Ath Ouavane ne s’étaient pas laissés-faire. Ils ont réagi en portant l’affaire devant la justice.

    Irrité par la ténacité de ces « indigènes » qui lui tenaient tête, l’administrateur les a acculés en faisant tomber sur eux « une véritable pluie de procès-verbaux », selon l’hebdomadaire L’Algérie politique et littéraire du 05 octobre 1913. « Et, sous prétexte de contraventions forestières, les malheureux sont condamnés à l'amende et à la prison », précise la publication. En dépit de ces dures sanctions,  les habitants d’Ath Ouavane n’ont pas fléchi. Mieux : grâce à leur opiniâtreté et mobilisation, ils ont réussi à récupérer leur source. Et ils ont, par la même occasion, remporté une grande victoire face à l’arrogant administrateur qui croyait les Kabyles finis, terrassés pour toujours, après la défaite de Fatma N’soumeur en 1857 à Icherriden,  près de Larba N’At Iraten (ex-Fort National), son arrestation et sa déportation à Béni Slimane, dans la région de Médéa, où elle mourut quelque temps plus tard.

    Il est vrai que l’affaire de la source a pris des proportions importantes. Elle a fait beaucoup de bruit. Au point d’amener la section d’Alger de la Ligue des droits de l’Homme à effectuer une enquête qui a établi « le bien fondé de la plainte des habitants d’Ait-Ouabane.»

    Ce fait historique explique, peut-être, l’amour que portent les habitants d’Ath Ouavane à ce précieux liquide, source de vie, qu’ils utilisent et répartissent entre eux avec équité. Leurs aïeux
    ont mis en place un système ingénieux, fait de rigoles reliées les unes aux autres, pour l'irrigation des jardins et des potagers. Ce village est vraisemblablement le seul, en Kabylie, à utiliser ce procédé qui ressemble à celui des foggaras de certaines oasis et régions du sud algérien.

    La mise en route de ce système de répartition équitable de l’eau qui déboule d’une source située au dessus du village a lieu à fin mai ou début juin de chaque année. L’opération est accompagnée, le même jour, par « timechret », un rituel ancestral consistant à immoler plusieurs veaux et bœufs. Les bêtes sont achetées grâce aux dons financiers et aux cotisations annuelles des villageois.

    Le principe de « timechret » fait une totale abstraction des classes sociales. Tout habitant du village des deux sexes, résident ou non-résident, riche ou pauvre, bébé ou vieillard, ouvre droit à une part égale à celles des autres. Le produit du sacrifice – viande et abats -- est réparti en fonction du nombre des membres de chaque famille.  A titre d’exemple, un couple bénéficie de deux parts, tandis qu’une famille de quatre membres ouvre droit à quatre parts.

    Le rituel de Timechret dépasse le cadre d’une fête ordinaire, coutumière. Il constitue, en réalité, une opportunité pour les habitants d’un village de se retrouver
      l’espace d’une journée dans une ambiance conviviale. Une ambiance rééditée périodiquement, ici à Ath Ouavane, à travers diverses manifestations culturelles, artisanales et économiques organisées par des associations du village animées uniquement par des bénévoles.

    Réputé pour son piment « très piquant » et sa célèbre forêt considérée, dès les débuts du siècle dernier déjà,
     comme « l’un des arboretums naturels les plus riches et l’une des stations botaniques les plus remarquables de tout le Nord de l’Afrique », Ath Ouavane, incrusté dans la surface du Parc national du Djurdjura, est revenu de très loin. Il a été complètement enseveli par un éboulement de montagne qui a fait 300 morts environ en janvier 1850. Sur les 80 familles vivant dans le village, seules neuf personnes ont survécu, selon la Revue Africaine de 1904.

    M.A.H.

     


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  • Par Mohamed Arezki Himeur
    Notre Afrik, n° 53, mars 2015

    Il est présent presque partout en Algérie.  Il est l’hôte dans toutes circonstances heureuses telles que les mariages, fiançailles, circoncisions, rencontres familiales et, parfois aussi, dans des veillées mortuaires. Il est offert aux proches à qui on veut témoigner de la considération, aux amis, aux convives et personnalités de marque. Son absence, lors d’une fête, particulièrement à l’occasion d’une cérémonie de mariage, ne passe pas inaperçue, n’est pas appréciée. Elle est même considérée, voire interprétée par les invités comme une gaucherie. « On n’a pas idée de faire une fête en son absence », ne manqueraient pas de lâcher certaines langues fourchues. Le vendredi, premier jour de repos hebdomadaire en Algérie, il trône, parfois seul et sans concurrent, sur les tables des salles à manger dans les foyers. C’est le meilleur rassembleur familial par excellence.
    Le couscous, c’est de lui qu’il s’agit, a encore de beaux jours devant lui. Plat national, mets culte au Maghreb depuis des millénaires, il a conquis, sans armées, ni chars d’assaut et autres corps expéditionnaires, de nombreuses contrées dans le monde. Au point d’occuper, dans certaines d’entre elles une place de choix, en acquérant une grande popularité parmi les habitants. C’est le cas notamment en France ou ce mets s’est hissé au troisième rang des plats affectionnés par les Français en 2014. Ce mets est rendu célèbre, à partir de 1960, par Wadih Georges Azzam, un chanteur égyptien d’origine libanaise, plus connu sous son nom d’artiste de Bob Azzam, à travers la chanson « fais-moi du couscous chéri…).

    La prodigieuse aventure du couscousEn Algérie, des salons, des expositions et des journées lui sont régulièrement consacrés. A Tizi-Ouzou, capitale de la Kabylie (100 km à l’est d’Alger), le salon annuel « le Djurdjura du couscous », qui est à sa 8ème édition, draine des milliers personnes. Les visiteurs font le déplacement, la plupart du temps en famille, pour admirer, parfois gouter et savourer les différentes et nombreuses variétés de couscous exposées. La manifestation est organisée à l’occasion de « Yennayer » (nouvel An berbère) qui coïncide avec le 13 janvier de chaque année. A Alger, il n’existe que deux petits restaurants servant quotidiennement le couscous de blé et d’orge. D’autres le propose aux clients une fois par semaine seulement, généralement le vendredi, jour de repos hebdomadaire.
    Le plat se décline en plusieurs dizaines de variétés préparées à base de blé, d’orge, de gland, de carroube et autres. Il existe aussi une multitude de méthodes de préparation de ce mets : en sauce aux légumes frais et viandes (rouge ou blanche), aux légumes frais cuits à la vapeur, aux légumes secs, aux raisins et raisins secs, au petit lait ou lait caillé, aux poissons dans certaines régions côtières comme Jijel (360 km à l’est d’Alger), Ténès et Chenoua (respectivement à 200 et 100 km l’ouest de la capitale), aux petits pois, fèves verts ou sec,  aux navets avec ses feuilles tendres et vertes cuits à la vapeur.
    En fait, il y a de nombreuses façons de mijoter le couscous. Les recettes varient d’un pays un autre et d’une région à une autre dans un même pays. Il n’est pas rare de rencontrer des préparations différentes entre deux villages proches l’un de l’autre. Surtout au niveau des condiments et de l’assortiment des légumes utilisés.  Le couscous est à la portée de toutes les bourses. Cependant, sa richesse varie d’une classe sociale à une autre. Le plat d’un nanti est plus fourni en légumes frais et en viande, alors que celui du pauvre ou d’un moins nanti est préparé chichement, avec un peu de légumes frais, beaucoup de pois chiches et une infime quantité de viande. Parfois même sans viande ou avec un minuscule morceau de viande séchée pour lui donner un arôme. 
    La saveur d’un bon couscous ne réside pas seulement dans les produits et les ingrédients employés. La cuisson du grain, le dosage des condiments utilisés dans la sauce jouent un rôle primordial. Un couscous cuit selon les  normes, garni de raisins secs et accompagné d’un verre de petit lait ou de lait caillé peut avoir un goût aussi succulent qu’un couscous bien garni de légumes et viande dans le grain est mal étuvé. Le secret de la réussite d’un bon couscous – grains et sauce confondus– réside plutôt dans la préparation.
    Le couscous est l’un des plus vieux plats de la planète. Son orthographe a connu de nombreuses variantes, selon les pays et les cultures : seksou, kesksou, coscossons, coscotons, couz-couz, kousskoussou, kousskouss, kouskous, couscoussou avant de se stabiliser à son nom actuel. Il est cité par de nombreux auteurs depuis Pline l’ancien jusqu’à François Rabelais dans « Gargantua », en passant par Alphonse Daudet dans « Les aventures prodigieuses de Tartarin de Tarcason », l’écrivain et artiste peintre Eugène Fromentin, les écrivains Gérard de Nerval, François Mauriac, Pierre Benoit et bien d’autres.
    Des voyageurs, historiens et géographes arabes et musulmans ont mentionné dans leurs écrits l’existence, au Maghreb, de ce grain magique qu’est le couscous après les conquêtes arabes et musulmanes (647 après JC) de cette sous-région d’Afrique. Mais, ses origines demeurent obscures. La présence du couscous est signalée, il y a plusieurs siècles déjà, en Inde, en Chine, en Guinée, au Sénégal, en Gambie, préparé avec d’autres produits alimentaires que le blé et l’orge.
    Cependant, un grand nombre d’auteurs et de dictionnaires attribue « l’invention » de ce plat aux berbères, premiers habitants du Maghreb (Afrique du Nord), où il bénéficie, de nos jours encore, d’un statut privilégié, d’une certaine sacralité même. De Pline l’ancien (30-79) relevait dans ses écrits que « les habitants de la côté de Barbarie (actuel Maghreb, NDR) et quelques autres partie de l’Afrique se nourrissent de couz-couz préparé avec le sorgho et les semences de diverses autres graminées. Caton (234 -149) nous apprend comment préparer ce mets », peut-on lire dans Commentaires sur la botanique et la matière médicale de Pline, d’Antoine Laurent Apollinaire Fée, (édit. CLF Panckoucke, Paris, 1833).
    Le couscous est l’aliment préféré aujourd’hui encore des habitants de plusieurs régions d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Le plat a connu, au fil des siècles de nombreuses modifications et améliorations, d’abord par « les Assyriens longtemps avant les Grecs de Sparte et les Grecs d’Athènes…, » selon le Dictionnaire universel de cuisine et d’hygiène alimentaire de Jean Favre (1891). « Cependant, précisait cet auteur, les peuples qui modifièrent le plus ce mets furent les Carthaginois, ils l’élevèrent à la dignité de mets national, dont je trouve la recette dans un ouvrage de Caton : De Resustica ; ils en faisaient leur délice quotidien, ce qui leur a valu de la part des Athéniens le nom de Pultophage. » De seksou à couscous, ce mets a accompli une prodigieuse aventure dans l’histoire culinaire universelle. Et son aventure ne fait que commencer en matière de préparation, comme le montre le « couscous royal », garni de légumes en abondance et de viandes rouges et blanches auxquels on rajoute des brochettes de viande et de merguez.

    M.A.H

     


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  • Par : Mohamed Arezki Himeur
    Algérie Confluences, 11 Avril 2013

    "Quel bel homme !», avait du se dire Karl Marx, en se regardant dans le petit bout de glace que tendait généralement les barbiers de la Casbah à leurs clients. Le « prophète » du socialisme venait, pour la première fois de sa vie, de se séparer de son éternelle barbe. C’était au printemps 1882. Il s’était laissé « dépoiler », déplumer, par un barbier dans l’une des artères étroites et escarpées de ce vieux quartier d’Alger.
    « A cause du soleil, je me suis débarrassé de ma barbe de prophète et de ma toison, mais (comme mes filles me préfèrent avec),  je me suis fait photographier avant de sacrifier ma chevelure sur l’autel d’un barbier algérois…, » écrivait-il dans une lettre du 28 avril 1882 à son ami Friedrich Engels, cité dans « Alger la blanche, biographies d’une ville », de l’écrivain algérien Salah Guemriche (Edition Perrin, Paris, 2012).
    Prétexte peu convaincant, tiré par les cheveux. Car, il n’existe aucun « antagonisme » entre le soleil et la barbe. « On sait bien à quel point le soleil d’Alger peut-être rasant, mais de là à ce qu’il pousse un Karl Marx à se rendre à la Casbah pour se faire tondre la barbe, voilà qui n’est pas un poil marxisant », relève, avec une pointe d’humour, Salah Guemriche dans son ouvrage.
    Karl Marx avait débarqué au port d’Alger le 20 février 1882 à trois heures trente du matin. La mer n’était pas tendre avec lui. Il n’avait pas pu fermer l’œil durant le voyage. Sidi Boulegdour, le « vainqueur » de Charles-Quint, n’y était pour rien cette fois-ci. « Il a fait froid pendant la traversée et, bien que le bateau fût pourvu de tout le confort, je n’ai pas pu dormir les deux nuits en raison du bruit diabolique des machines, du vent etc. qui m’empêchaient de trouver le calme dans ma cabine, » relevait-il le lendemain de son arrivée, le 21 février, dans une lettre à son ami Engels.

    Convalescence gâchée par le mauvais temps

    Accueilli à son arrivée par Albert Fermé, un juge de paix, ancien ami de son gendre Charles Longuet, Karl Marx avait passé deux nuits au Grand Hôtel d’Orient, situé du côté de l’actuel square Port Saïd. Il avait rejoint, ensuite, l’hôtel Victoria, une petite pension familiale de deuxième catégorie, aujourd’hui disparue, bâtie à l’extrémité haute de l’actuel boulevard Mohamed V. Il était venu à Alger sur insistance de ses médecins et de son ami Engels pour se soigner d’une pleurésie.  Alger était classée, à l’époque, ville d’hivernage, accueillant des milliers d’Européens fuyants les rigueurs hivernales de leur continent.  Beaucoup d’entre eux venaient, sur conseils de leurs médecins, passer quelques semaines, voir quelques mois, à Alger en raison de « la douceur de son climat » et « l’uniformité » de sa température en hiver.
    Pour Marx, c’était la poisse. En plus d’une traversée cauchemardesque, le « camarade » trouvait un temps exécrable à Alger. « Il pleut toujours », confiait-il par courrier à son autre gendre, Paul Lafargue, le 20 mars 1882, un mois après son arrivée. « Le temps est si capricieux qu’il  varie d’une heure à l’autre, passant par toutes les phases ou tombant au contraire d’une extrémité à l’autre. Malgré tout, on constate une tendance vers une amélioration progressive, mais il faut attendre », ajoutait-il.
    Sa maladie et le mauvais temps constituaient les principaux sujets évoqués dans ses correspondances. Terrassé déjà par la mort deux mois auparavant de son épouse, qu’il qualifiait de « cette autre moitié de moi-même », rongé et affaibli par la maladie, Karl Marx était déconnecté, accordant peu d’intérêt aux « bienfaits de la colonisation » en Algérie. Il ne lisait qu’un seul journal local, Le Petit Colon, et quelques fois L’Egalité et Le Citoyen.
    Etant en convalescence, ses médecins lui avaient déconseillé tout effort intellectuel. Il avait émis quelques critiques acerbes contre la loi Warnier du 26 juillet 1873 qui détruisait  la propriété collective en Algérie. « Faire de la terre communautaire la propriété privée des usuriers » constituait un acte de « brigandage pur et simple », notait-il. Il avait, un quart de siècle auparavant, rédigé quelques articles « alimentaires » sur l’Algérie dans une revue scientifique américaine.

    Marx le « Maure » dans un café maure

    A Alger, durant son séjour de deux mois et 12 jours, le « camarade » Marx, surnommé le « Maure » par Engels, passait le plus clair de son temps à l’hôtel. Il faisait de courtes balades dans le quartier du Télemly. Mais, la maladie, conjuguée au mauvais temps, l’empêchaient de vadrouiller, comme il l’aurait souhaité, dans les rues d’Alger. Il était, cependant, subjugué par la vue panoramique qui se déployait sous ses yeux, depuis son hôtel : la baie d’Alger, des villas disposaient en amphithéâtre jusqu’à la mer et les sommets neigeux du Djurdjura. « Le Matin, à 8 heures, il n’est pas de plus
    enchanteur que ce panorama. », s’extasiait-il.
    Il s’était rendu une fois au Jardin du Hamma. « Avant de pénétrer dans le Jardin d’essai, nous bûmes du café, en plein air naturellement dans un café maure. Le Maure en prépare d’excellent… ». L’établissement se trouvait en face de l’entrée nord du Jardin, à côté de la fontaine du Hamma. « Karl Marx ne nous apprend pas grand-chose sur la situation sociale et politique dans la colonie française » d’Algérie, relevait Gilbert Badia dans son ouvrage « Karl Marx, lettres d’Alger et de la Côte d’Azur » (Le Temps des Cerises, 1997). Sur l’Algérien, le père du « Capital », dira que « le plus misérables des Maures surpasse le plus grand comédien d’Europe dans l’art de se draper et de prendre une attitude pleine de naturel, de grâce et de dignité ».
    Karl Marx en avait marre de « cette vie d’invalide » à laquelle l’avait réduit sa maladie. Il avait quitté Alger le 2 mai 1882 à bord du bateau le « Péluse », emportant dans sa tête des images de la sublime baie d’El-Bahdja et dans ses bagages quelques bijoux kabyles, dont des bracelets. Il est mort le 14 mars 1883 et enterré à Londres.

    M.A.H


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  • Publié dans la revue féminine Dziriet, Alger

    Le monde évolue à une vitesse vertigineuse, dans tous les domaines. Les prénoms, eux aussi, suivent ce rythme endiablé. l’Algérie n’échappe pas à la règle. Donner le prénom d’un aïeul à un nouveau-né n’a plus court de nos jours. C’est passé de mode. c’est « périmé », pour reprendre une expression en vogue chez les jeunes algériens.
    Les papas et mamans « puisent » les prénoms de leur progéniture d’une liste de  plus en plus large, enjambant allègrement les croyances, les cultures, les frontières et les choix arrêtés par les pouvoirs publics. Beaucoup d’entre eux ne se soucient guère, sinon peu, de l’origine du prénom choisi pour l’élu de leur cœur. Celui-ci est « imposé » par l’environnement politique, culturel, cultuel, historique, social ou sportif du moment. On ne devrait pas s’étonner d’entendre, dans peu de temps, une femme ou un homme appeler « Cassandra » ou prononcer un autre prénom tiré tout droit des films brésiliens qui meublent, depuis quelques mois les soirées télévisuelles de l’ENTV.
    Ce prénom vieux d’environ 3000 ans, venu de la lointaine civilisation grecque, va certainement s’introduire, si ce n’est déjà fait, dans les registres de l’état-civil en Algérie. Parce qu’il sonne beau, d’une sonorité poétique et facile à prononcer. Sandra, de la même origine, y ait déjà présent depuis plusieurs décennies.
    Des prénoms étrangers ? Les parents, les jeunes couples d’aujourd’hui, ne tiennent pas trop compte de ce genre de considérations. Pour eux, ce qui compte, c’est leur bébé. Et comme il est le plus beau du monde – c’est le verdict sans appel de tous les parents bien sûr – leur bébé mérite de porter un joli prénom. Tout le reste n’est que bavardages et commérages.
    Dans de nombreux cas, cependant, le prénom d’un enfant reflète l’opinion ou le penchant politique, historique, culturel et cultuel des parents. Le phénomène est apparu à la fin des années 60 et au début des années 70. Moins d’une décennie après la floraison du prénom Houria au lendemain de l’indépendance en 1962.
    Les Kadour, Belkacem, Belgacem, Fatima, Fatma, Keltoum, Mohand, Zoubida, Djedjiga, Zoulikha et autres Ammar ont été détrônés. Ils sont considérés par les jeunes couples comme des prénoms archaïques et ringards. Chabane, Ramdane, Mouloud et Achour ont perdu du terrain. Leur perpétuation est menacée. De nombreux anciens prénoms ont soit disparu, soit cédé la place, à des périodes précises de l’évolution de la société algérienne, à d’autres venus, à titre d’exemple, du
    fin fond de l’histoire berbère de l’Afrique du nord (Mazigh, Kahina, Tin-Hinan, Massinissa) et de la religion musulmane (Islam, Seif el-Islam, Oussama).

    Tin-Hinan remporte la bataille

    D’autres prénoms ont fait leur apparition sur les registres de l’état-civil algériens à des moments également précis de l’histoire de l’Algérie ou du monde arabe. C’est le cas, pour ne citer que ces trois exemples, de Saddam (en référence à Saddam Hussein), Wiam apparu au lendemain de la promulgation de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale et Zinou (en hommage à Zineddine Zidane qui a marqué l’histoire du football mondial).
    Un grand nombre de prénoms inscrits sur les registres de l’état-civil ne figure pas sur le lexique national et officiel des prénoms en vigueur depuis 1981. Ce lexique lui-même est complètement dépassé. Il n’a pas été revisité depuis 30 ans, alors que le décret 81/26 du 7 mars 1981 stipule, en son article 5, que ce document devait faire « l’objet d’une  actualisation tous les trois ans », nous confiera un employé d’une APC (municipalité).
    L’article 4 de ce décret stipule, également, que « toute inscription nouvelle d’un prénom sur les registres d’état-civil ou toute modification d’un prénom se fait sur la base de ce lexique. » Cependant, le constat est tout autre sur le terrain. Les agents des services d’état-civil sont, d’une certaine manière, « forcés » d’accepter le choix des parents. Car il n’est pas facile, pour eux, d’appliquer au pied de la lettre un tel document, jugé obsolète, parce qu’il ne tient pas compte, ne reflète pas les changements et les mutations de la société algérienne.
    Durant les années 70, avant même l’adoption de ce lexique, des APC avaient tenté de barrer la route aux prénoms berbères. Des parents eurent toutes les peines du monde à imposer des prénoms comme Kahina, Mazigh, Massinissa,
    Zilassen et bien d’autres tirés de l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord.
    Parmi ces « entêtés » figure l’écrivain et journaliste Salah Guemriche, natif de Guelma, auteur de plusieurs romans et essais, dont « Abd er-Rahman contre Charles Martel », qui relate dans le détail « la véritable histoire de la bataille de Poitiers », et « Le Christ s’est arrêté à Tizi-Ouzou » paru en janvier 2011 aux éditions Denoël (Paris).
    Sa fille, Tin-Hinan (du nom de la reine-guerrière berbère des Touaregs du Hoggar), qui a aujourd’hui 36 ans – elle est née en 1975 -- est restée « sans état-civil » presque trois mois. « Nous avons dû, sa mère et moi, batailler dur et j’ai personnellement fait le siège du ministère de la Justice et même du ministère de l’Intérieur. » pour faire passer ce prénom, nous a-t-il confié.
    Un chef de cabinet de l’un de ces deux ministère l’avait félicité pour son « entêtement » à vouloir donner le prénom de Tin-Hinan à sa fille, alors qu’auparavant, le même fonctionnaire n’avait cessé de lui dire : « ce ne sont pas les beaux prénoms qui manquent chez nous, el-hamdoulillah ! Vous avez Fatma, Leïla, Salima, Latifa, pourquoi allez chercher si loin ? » Une ambivalence propre aux fonctionnaires algériens qui pensent à une chose tout en appliquant, parfois avec zèle, son contraire.

    Les prénoms se « mondialisent »

    Plus tard, Tin-Hinan, Kahina, Massinissa comme beaucoup d’autres prénoms, rejetés pendant des années, ont fini par entrer dans les registres de l’état-civil, marquant ainsi un retour aux sources et un début de réappropriation de l’histoire de l’Afrique du Nord. Mais des « résistances » persistent par endroit contre certains prénoms non musulmans et arabes. Il n’est pas rare de relever, dans la presse, que tel prénom refusé par une APC est inscrit sans difficulté dans une autre. De là à dire que les APC fonctionnent au pif, « à la tête du client », il n’y a qu’un pas.
    « Une chose est sûre : les + résistances + contre l’inscription de certains prénoms sur les registres d’état-civil finiront, tôt out tard, par céder sous l’opiniâtreté des parents et l’évolution de la société algérienne, » estime Si Bachir qui se retrouve, à 83 ans, entouré de petits enfants et d’arrière petits enfants aux prénoms complètement différents de ceux de son époque. Son épouse, de trois ans moins âgée que lui, fait rire toute la famille lorsqu’elle prononce le prénom de son arrière petite fille « Céline » qu’elle appelle par erreur « Sinile.»
    Autres temps, autres mœurs et autres prénoms. On assiste, en Algérie comme ailleurs, à une sorte de « mondialisation » des prénoms. Les petits prénoms à consonance européenne, latino-américaine ou asiatique ont fait irruption dans les registres de l’état-civil. Les Rosa, Lisa, Melissa, Laeticia, Laura, Dylan, Maria, Flora, Rona et bien d’autres prénoms venus d’ailleurs fleurissent dans nos paysages familiaux et notre voisinage. Certains d’entre eux se sont introduits dans le pays depuis plusieurs décennies.
    Résultats : beaucoup de prénoms algériens sont passés à la trappe. D’autres perdent chaque jour du terrain et connaîtront, dans quelques temps, le même sort. D’autres encore sont entrain de « transmuter » pour subsister. C’est le cas des prénoms comme Abdelkader, Abderrachid, Abdelhakim amputés des trois premières lettres (Abd) pour survivre à la « mondialisation » des prénoms. Il ne faudrait pas s’étonner si, un jour, vous entendrez dans la rue, sur les lieux de travail ou dans votre entourage familial, appeler « Bob ». Ce ne serait que le prénom de Boubkeur qui aurait réussi à « muter » à temps pour échapper à la gomme de l’évolution de la planète terre.

    Mohand Arezki

     


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  • Mohamed Arezki Himeur,
    publié dans la revue féminine Dziriet, Alger

    La maison de la Casbah d’Alger, « d’aspect triste au dehors, se trouve être une délicieuse Oasis au-dedans ; ces quatre murs si informes renferment presque un rêve d’imagination ». Il y a dans ce quartier un « bon nombre de maisons mauresques dont les quatre murs extérieurs cachent un petit Eden », écrivait au 19ème siècle un avocat français, Henri Dumont, dans un livre intitulé « Alger ville d’hiver » (1878).
    Cette admirable description n’est plus de mise aujourd’hui. La Casbah d’Alger, qui renferme dans ses entrailles un fabuleux patrimoine historique et culturel, offre l’image d’un quartier triste, hideux, qui dépérit à vu d’œil, au fil des jours. Elle a perdu de son lustre d’antan. Elle part en lambeaux. Des centaines de bâtisses se sont effondrées. D’autres sont sur le point de s’affaisser sous le poids du temps, des intempéries, de l’abandon des propriétaires qui détiennent plus de 85% des biens immobiliers du quartier, de la démission des « casbadjis » (enfants du quartier), de la désinvolture des habitants et l’indifférence des autorités alors qu’elle est classée, depuis 1992, patrimoine universel sur les tablettes de l’Unesco.
    « Il n’y a rien à faire, la  Casbah est vouée à la disparition. Son sort est sellé. Elle sera, tôt ou tard, rayée de la carte. Il faudra un plan ORSEC et une sorte de plan Marshall si on veut réellement sauver ce qui reste encore à sauver de ce
    quartier. Ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, » nous confie, dépité,  Sid-Ali, un enfant de la Casbah.
    Debout sur un talus de gravats d’une maison effondrée, Sid-Ali contemple, l’œil triste, à une centaine de mètre plus bas, une autre bâtisse complètement délabrée, lézardée sur ses flancs nord et ouest. Elle menace de s’affaler à tout moment. « C’est là que j’habite avec ma famille. Lorsqu’il y a de fortes chutes de pluie, on reste, ma famille et les familles voisines, éveillé, prêts à déguerpir au moindre bruit, » dit-il. Toutes ses demandes, toutes ses démarches auprès des autorités pour obtenir un logement social sont restées lettre morte. Il attend toujours une réponse. « Balak iferredj rebbi, » lâche-t-il avec amertume.
    A quelques pattés de maisons de là, un enfant d’une dizaine d’années, agenouillé à même le sol, fait ses devoirs scolaires sur un coin d’un long banc servant de fauteuil le jour et de lit la nuit. Il n’y a ni chaise, ni table. Ses livres, cahiers, crayons et stylos sont éparpillés par terre. Une image poignante.
    L’enfant, l’avenir du pays, dit-on, ne dispose que de cet endroit pour lire, écrire et apprendre ses leçons. Sa famille, composée de cinq personnes, vit dans une seule pièce au rez-de-chaussée d’un immeuble délabrée. Une pièce servant à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. Son frère ainé, étudiant dans une université à Alger est logé par un de ses amis étudiants dans une piaule à la cité universitaire. Il vient presque chaque jour, mais juste pour avoir des nouvelles de la famille, surtout de son père, sans ressources et atteint d’une maladie chronique.
    « Entrez, je sais que vous ne pouvez rien faire pour nous. Mais regarder, rapporter dans votre journal le réduit dans lequel nous vivons depuis de longues années ; depuis que notre logeur nous a mis dehors et récupéré sa maison afin de la restaurer, » dira Mériem, la mère de famille, une femme d’environ 50 ans. De nombreuses familles sont dans ce cas, vivant dans des conditions dramatiques.

    Les plans se bousculent, la Casbah dépérit

    Pour elle, comme pour un grand nombre d’habitants de la Casbah, les programmes de logements mis en œuvre et réalisés par le gouvernement sont un mirage. Ils ont été détournés en partie de leur trajectoire. Ils ont profité surtout,
    estime-t-elle, aux nantis, à ceux qui sont déjà bien logés, dont certains sont propriétaires de très belles bâtisses à la Casbah même ou dans périphérie d’Alger.
    Au-delà du problème, crucial, du recasement de ses habitants, la Casbah, qui compte au bas mot entre 60.000 et 70.000 habitants, prend, chaque jour que Dieu fait, un coup de vieux. Elle s’effrite de toutes parts. Le diagnostic est établi depuis des décennies, mais le remède, le vrai, tarde à venir. Les différents plans de sauvegarde, de restauration et de réhabilitation des maisons lancés jusqu’ici n’ont pas abouti aux résultats souhaités, prévus sur le papier, contenus dans les dossiers.
    Sid-Ali, comme beaucoup d’autres « casbadjis » n’est pas convaincu du nouveau plan de sauvegarde et de réhabilitation mis en œuvre depuis 2007 par les autorités. « C’est de la poudre aux yeux. Dans quelques temps, d’autres responsables viendront proposer, à leur tour, d’autres plans qui connaîtront le même sort. On tourne en rond depuis plus de 30 ans maintenant, » estime-t-il.
    Sid-Ali, la soixantaine bien tassée, rappelle le cas des précédents programmes, tel celui lancé en 1979 avec l’aide de l’Unesco. Celui-ci s’articulait autour des objectifs suivants : préservation des sites historiques, recréation de la tradition de convivialité à travers la reconstruction de cent trente (130)
    douérate (maisons), la création d’espaces commerciaux et culturels (bibliothèques, centre culturels, centre de santé etc.) Le tout devait être réalisé « dans la perspective d’intégration de la vieille ville à la nouvelle, dans le respect de son entité et de son cachet », selon les promoteurs du projet.
    Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. D’autres plans et d’autres programmes de sauvegarde de la  Casbah ont été élaborés, parfois mis en œuvre. Mais aucun d’eux n’a atteint son objectif. Leur réalisation fut parfois interrompue par
    d’autres programmes, eux-mêmes stoppés net par d’autres projets.
    L’un des plans mis en œuvre au début des années 80 avait provoqué un tollé et une vive polémique. Un groupe de jeunes architectes algériens s’était levé contre les démolitions prévues dans le cadre de ce projet dans l’ilot-test Lallahoum, près
    de mosquée Ali Bitchin, dans la basse Casbah. Pour lui, la démarche était « en contradiction totale avec les principes de préservation des quartiers anciens, préconisée par l’Unesco ».
    Ce groupe d’architectes accusait le maître de l’ouvrage de vouloir faire « place nette en rasant au sol sur toute la superficie de l’ilot ». Ce qui fut fait, d’ailleurs. Les autorités de l’époque avaient répliqué en soutenant que l’ilot en question, qui faisait pourtant partie du tissu urbain traditionnel, ne présentait aucun intérêt historique.
    Ce projet, qui était encore en cours de réalisation à la fin des années 80 et début des années 90, prévoyait la démolition de plusieurs centaines de bâtisses, dont 130 furent rasées à fin avril 1988. Entre 1980 et 1989, plus de 160 bâtisses furent démolies. Les opérations d’urgence de rénovation engagées à l’époque ne concernaient que 58 bâtisses seulement. Une dizaine d’entre elles avaient été rénovées, dont le palais des Raïs, plus connu sous le nom de « Bastion 23 », qui a été restauré selon les normes.
    La Casbah d’Alger comptait 17ème siècle 12.200 « très jolies » maisons. Chacune d’elle disposait, généralement, de son puits et aussi d’une citerne d’eau, peut-on lire dans « La vie à Alger les années 1600 » de l’historien espagnol Diego de Haëdo.

    Les dégâts d’hier et d’aujourd’hui

    La destruction, à grande échelle, a commencé au lendemain de la prise d’Alger, en 1830, par les troupes coloniales françaises du maréchal de Bourmont. Trente ans plus tard, un auteur français, Ernest Feydeau, établissait un constat ahurissant sur les dégâts subis par la Casbah d’Alger. « On l’a trop abimé, beaucoup enlaidi, à moitié détruite ; et le malheur, c’est que les seuls européens ont à se reprocher ces actes de vandalismes », relevait-il dans son livre « Alger, étude » (1862). Durant la même période, 155 mosquées, chapelles, mausolées et zaouias sur les 176 existants furent rasés. Alger et ses environs comptaient la veille de l’invasion coloniale plus de 200 mosquées, zaouias et écoles coraniques, selon une liste dressée par l’historien français Albert Devoulx dans son livre « Les édifices religieux de l’ancien Alger » (1870).
    Le Génie militaire avait rasé, en l’espace de quelques décennies, entièrement la basse Casbah, l’ensemble des bâtisses situées entre le rue Bab-Azoun, la rue Bab El-Oued et le quartier de la Marine. Il avait éventré la ville en construisant les rues de Chartres, de la Lyre, Randon et le boulevard de la Victoire.
    « C’est un crime d’avoir éventrée cette vieille Casbah, palais des Deys, d’avoir jeté bas les fortins turcs, démoli une partie des mosquées, remplacées par des bâtisses bêtes, qui font tâche au milieu du paysage et du climat, » écrivait Hugues Imbert, écrivain français, dans un livre intitulé « Quatre mois au Sahel, lettres et notes d’Alger » (1888). « Aujourd’hui éventrée, mutilée, traversée par une route, ajoutait-il, elle conserve, malgré les injures des hommes et du temps, un fier aspect ».
    Cinquante ans après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, « Djazaïr Beni Mezghenna », continue de poser problème pour sa sauvegarde et la restauration de ses bâtisses. Sur les 8.000 bâtisses recensées en 1830, il n’en restait que 1.700 aux premiers jours de l’indépendance. Les statistiques sur le nombre des bâtisses existant actuellement à la Casbah fluctuent. Elles diffèrent d’une source à une autre, d’un organisme et d’une association à l’autre. Elles varient entre 500 et 800, selon des associations pour la sauvegarde du quartier.
    Ce qui est sûr, c’est que les bâtisses existantes sont toutes, à des degrés divers, affectées par l’usure du temps et l’indifférence des hommes. Ce que démontre, chiffres à l’appui, le diagnostic élaboré par l’Office de gestion et l’exploitation de biens culturels protégés (OGEBCP). Celui-ci a révélé que pas une bâtisse n’est indemne : 30% sont dans un état de dégradation très avancé, 50% dans un état de détérioration moyen ou superficiel, 10% sont en ruine et 10% fermées ou murées.
    La situation est donc alarmante. Elle l’est encore davantage lorsque le pilote du plan de sauvegarde et de réhabilitation de la Casbah, M. Abdelouahab Zekagh, directeur de l’OGEBCP, affiche ouvertement son pessimisme. « Depuis trente ans que nous parlons de la Casbah, classée patrimoine mondial, nous ne savons pas, à ce jour, comment faire pour gérer et exploiter ce bien culturel », dira-t-il lors d’une conférence de presse en janvier dernier 2011. En attendant, d’autres bâtisses risquent de rejoindre la liste de celles déjà rayées du tissu urbain et architectural de la Casbah d’Alger.

    M.A. Himeur


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