• Sports mécaniques : des femmes au volant


    Par : Mohamed Arezki Himeur

    Le Cap, bimensuel, Alger
     

    Les femmes au volant sont de plus en plus nombreuses sur nos routes. Elles sont, aujourd’hui, chauffeurs de taxi, de bus et de camion et conductrices d’engins de travaux publics. Elles ont réussi à s’imposer, en balayant, du même coup, les tabous et les préjugés tenaces qui voulaient faire admettre, en fin de course sans succès, qu’une femme au volant constituait une menace sur les routes, aussi bien pour les autres conducteurs du sexe dit fort que pour les piétons.
    Depuis le début de cette décennie, des femmes ont escaladé une autre marche, cassé un autre tabou. Elles se sont introduites dans les sports mécaniques. Et de fort belle manière. En arrachant de haute lutte des trophées. Depuis, les sports mécaniques féminins gagnent chaque jour des galons.

    Lentement, mais sûrement, des femmes passionnées par ces sports continuent de s’affirmer, de marquer des points, de gagner des trophées. C’est du moins ce pensent les pratiquantes, preuves à l’appui. Celles-ci se démènent comme elles peuvent pour rester, c’est le cas de le dire, dans la course. Des femmes et des jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser à ces sports et à les pratiquer. Des sports qu’on pensait réservés au sexe dit fort.
    Au mois de septembre dernier, Mme Belkessam, pharmacienne de son état, et Melle Amel Bebouchi, cadre dans une société nationale, ont participé au Rallye international des lacs du Maroc, édition Moyen-Atlas, organisé par l’Association maghrébine du port automobile. Elles composaient le premier équipage. Elles ont remporté les quatre étapes du rallye de régularité. Le deuxième équipage algérien, composé de Mme Khadidja Benmahrouche, gérante d’une société, et sa fille Amina, ont ramassé la mise. Elles ont, elles aussi, remporté haut la main le rallye de régularité et kilométrique. Des exploits sportifs qui méritent des encouragements.
    Samedi 17 octobre 2009, une cérémonie sympathique et conviviale de remises des trophées a été organisée dans une petite salle mise à la disposition de la Fédération algérienne des sports mécaniques (FASM) par le laboratoire Hamada Pharma, dans la banlieue est d’Alger. Des coupes ont été remises aux trois premières lauréates de «Gymkhana». Cette compétition s’était déroulée au stade du 5 juillet à Alger le 29 août dernier, pendant le mois de Ramadhan.
    Toutes heureuses, les lauréates, Mme Bedra Belkessam, Sarah Bouabdellah et Fatima Rabia, ont hissé haut les trophées remportés. «C’était ma deuxième participation à une compétition. Cela fait seulement six mois que je suis venue aux sports mécaniques. Avant, je pratiquais un autre sport : le tennis », dira Mme Sarah Bouabdellah. Elle avait participé en septembre 2009  au rallye au Maroc à titre personnel. «C’était très bien organisé. Il y avait une bonne ambiance. Cela m’a permis de toucher à quelque chose de tout à fait nouveau», ajoute-t-elle.
    Les sports mécaniques ne sont-ils pas des sports à risques ? «Je pense que les femmes sont tellement prudentes que ce sport est fait pour elles, pour nous. Nous sommes mamans et on fait très attention», estime-t-elle. «Le rallye organisé au Maroc s’était déroulé sur 1 200 km. On avait rencontré des femmes de tous les horizons, venues de différents pays».
    Mme Bouabdellah ne partage pas l’idée qui dit que la femme doit rester à la maison à s’occuper du foyer et des enfants seulement. «Je trouve que, maintenant, la femme doit participer à tout. Elle est l’égal de l’homme sur le plan sport ou professionnel», dit-elle.
    Mme Bouabdellah aimerait continuer à pratiquer les sports mécaniques. «Si j’ai le temps et l’opportunité, je participerai à quelques rallyes. D’abord, cela me permet de visiter le pays dans de très bonnes conditions et de rencontrer beaucoup de gens».
    Melle Fatima Rabia est ce qu’on peut appeler un «vétéran». Elle pratique ce sport depuis six ans. Elle avait participé la première fois au Rallye international des Colombes en Algérie aux côtés d’autres Algériennes, mais aussi de Françaises, d’Espagnoles, de Tunisiennes et de Marocaines. Elle a eu la chance de se classer plusieurs fois. Elle avait décroché la deuxième place à deux reprises.
    Chez les Rabia, les sports mécaniques sont une affaire de famille. Elles sont trois soeurs à pratiquer ce sport. «C’est tout la famille, quoi», lancera Melle Fatima Rabia en riant. Elle s’était classée 3ème lors du Gymkhana organisé fin août dernier. «Je suis très contente d’avoir mon trophée aujourd’hui», dira-t-elle lors de la remise des prix le 17 octobre dernier. Son premier rallye comptait un parcours de 1 600 km. Elle avait fait Alger, Biskra, Ghardaïa et retour sur Alger.Une longue boucle, mais aussi une belle balade qui lui avait permis de découvrir le pays, avec ses beaux et différents paysages.
    «Au début, on ne connaissait pas les règles du jeu. On n’a pas été vraiment bien classée. C’était plutôt une aventure, une découverte. Cette première participation nous a permis de connaître, de découvrir les beaux paysages de notre pays qui est magnifique. Par la suite, on y a pris goût», nous a confié Melle Fatima Rabia.
    La pratique des sports mécaniques est un peu dure, dira sa soeur. Melle Yasmine Rabia avait commencé par accompagner ses soeurs avant d’accrocher elle-même à ce sport. «Je les voyais participer à des rallyes. Elles étaient surexcitées de participer à une compétition. Au début, je ne comprenais rien du tout. Cela ne m’intéressait pas. Puis, un jour, Fatima m’a motivée. Elle m’avait dit : allez, on y va, tu vas découvrir quelque chose de nouveau et tu vas aimer», dit-elle.
    Melle Yasmine Rabia avait participé il y a deux ans au Rallye international des Colombes, sur un parcours comprenant trois étapes : Alger, Oran, Hammam Righa et retour sur Alger. «C’était mon premier rallye international et j’ai été classée 2ème. Du coup, j’ai adoré les sports mécaniques. J’ai participé cette année aussi au deuxième rallye des Colombes et obtenu la      7ème place », dit-elle. A la compétition Gymkhana de fin août à Alger, elle avait été classée à la 6ème place. «C’était une expérience très intéressante, super intéressante», souligne-t-elle.
    Les accidents ? «Il faut prendre des risques dans la vie. Une vie sans risques n’est pas une vie. Et puis un petit accident par-ci, un autre par-là, ce n’est pas méchant. En plus, cela arrive rarement», dit-elle.
    «Il faut dire aussi qu’on est bien encadrés. Il y a une bonne couverture sanitaire. Des policiers et des gendarmes sont placés le long du parcours. Parfois, on prend quelques petits risques. Et c’est à ce moment-là qu’on se dit intérieurement : non, je ne peux pas, je ne dois pas aller au-delà de mes capacités. C’est là où il faut se maîtriser, se dire qu’il s’agit d’un sport et qu’il ne faut pas dépasser ses capacités. Il faut savoir se maîtriser», souligne Mlle Yasmine Rabia.
    Sa soeur, Fatima, intervient pour apporter une précision. «Les compétitions auxquelles on participe sont des rallyes de régularité, des rallyes maîtrisés. Donc, on ne risque pas d’aller trop vite. La vitesse et limitée», dit-elle.

    Les sports mécaniques comptent de nombreuses adeptes en Algérie.

    «Il y a de nombreuses femmes qui pratiquent ce sport», selon Melle Yasmine Rabia. «En 2008, il y a eu une forte participation : 80 femmes, donc 40 équipages. Cette année, la participation a été limitée à 50 femmes seulement, donc 25 équipages, plus, bien entendu, les accompagnatrices», reprend sa soeur Fatima.
    «Certaines accompagnatrices étaient venues avec leurs enfants. C’était formidable. Il y avait une ambiance familiale, amicale et très conviviale. Franchement, on a adoré», ajoute-t-elle.
    Que pensent vos parents en vous voyant courir sur routes avec vos véhicules ?  «En fait, ils ne nous voyaient pas sur la route», réplique Fatima en riant. «Ils nous attendaient à l’arrivée. Ils nous voyaient toutes excitées, énervées. Les parents sont un peu choqués au début quand ils nous voyaient dans cet état à l’arrivée. Puis, ils ont compris que c’est un sport comme un autre. Ils nous voyaient heureuses de participer et nous soutiennent», ajoute Fatima. «D’ailleurs, notre maman est tout le temps avec nous, à la remise des trophées. Elle était toute contente, fière de nous et nous prenait en photo», dit-elle.
    «Quand je les vois dans les compétitions, je suis très contente. Surtout qu’elles gagnent très souvent. Elles se classent généralement 2ème ou 3ème. Je souhaite qu’elles arrivent au podium, à la première place Incha Allah», nous a confié la maman, Mme Saïda Rabia.
    «Au début, je ne pensais pas qu’elles allaient gagner, se classer parmi les trois premières. Et là, j’ai vu qu’elles ont fait beaucoup de progrès. Je les encouragerai pour atteindre le podium, surtout au rallye des Colombes. Je suis à leurs côtés», dira maman Rabia, dont une fille s’est mariée.
    Mme Bedra Belkessam est, elle aussi, une des pionnières des sports mécaniques en Algérie. Elle avait pris part à la première édition du Rallye international des Colombes en 2003. Depuis, elle n’a pas décroché. Elle avait été entraînée vers ce sport par la première présidente de la compétition, Mme Bedra Saïd. «On a fait appelle aux femmes qui savaient conduire, qui conduisaient régulièrement et normalement sur les routes. J’ai été classée lors de ce rallye. C’est ce classement qui a fait que j’ai accroché réellement aux sports mécaniques», dira-t-elle.
    «Par moment, congé de maternité oblige, je décrochais. Sinon, j’ai fait tous les rallyes organisés par la Fédération algérienne des sports mécaniques ou la Ligue d’Alger ». Au dernier rallye du Maroc, Mme Belkessam et sa copilote ainsi que l’équipage de Melle Fatima Rabia ont été classés 1er «durant toutes les quatre étapes du rallye», précise-t-elle.
    Est-ce que c’est dur un rallye automobile pour une femme ? «Dur ? Non, pas du tout, absolument pas. Quand on est une bonne conductrice, quand on sait bien conduire, ce n’est pas difficile. D’autant que ce sont des rallyes de régularité. C’est vrai que cela nécessite de la concentration et une maîtrise du véhicule».
    Evidemment, «il faut dire qu’il n’y a pas de sports sans danger. Il y a un minimum de risques, d’autant que nous dépendons d’une mécanique, qui peut lâcher à tout moment. C’est-à-dire, on peut faire un accident, avoir une panne ou des problèmes liés à la mécanique. Sinon, ce n’est pas particulièrement dangereux, surtout quand on participe à des rallyes de régularité, avec des vitesses limitées, imposées par les organisateurs, qui précisent que tel parcours doit être parcouru à telle vitesse», selon Mme Belkessam.
    Tout le long du parcours, des contrôleurs surveillent la vitesse des concurrents et des pénalités sont prises à l’encontre de celles qui ne respectent pas la vitesse fixée pour chaque endroit par les organisateurs. Il ne faut prendre ni de l’avance ni du retard sur le timing arrêté. «Le challenge, c’est justement de passer à tel endroit, à telle heure et à telle vitesse», dira Mme Belkessam.
    Les amoureuses et passionnées des sports mécaniques sont sur le pied de guerre. Elles se préparent, d’ores et déjà, pour le prochain «Rallye des Fennecs» qui doit avoir lieu dans le Sud algérien avant la fin de cette année 2009.

    M. A. H.


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