• TIGZIRT: la mer, les ruines et le poisson frais


    Par Mohamed Arezki Himeur
    Liberté, 8 août 2009

    Tigzirt subjugue l’estivant. Cette petite ville balnéaire, à quelque 35 kilomètres au nord-est de Tizi-Ouzou, vit au rythme de la saison estivale même si elle est fréquentée tout au long de l’année. Elle a décroché, il y a quelque temps, le deuxième prix de la ville la plus propre de la wilaya de Tizi-Ouzou. Elle fait partie des destinations algériennes les plus prisées par les vacanciers en quête de tranquillité et de sécurité. On en rencontre en famille, venus de différentes régions du pays et notamment de la capitale vu la proximité géographique. Il y aussi de nombreuses familles d’émigrés. Certaines passent une partie de leur séjour dans leur village ou ville d’origine auprès des leurs puis une partie à Tigzirt.
    Le premier arrivé, le premier servi. Ce dicton s’applique fort bien à la grande plage de Tigzirt. Le baigneur qui veut s’installer à l’aise, étaler sa serviette et planter son parasol dans un bon coin, près de la mer, doit le faire en début de matinée, avant que la plage ne soit prise d’assaut, envahie par les estivants et les vacanciers et parce qu’au-delà d’une certaine heure, il n’est pas facile de dénicher un espace inoccupé à l’écart des rochers. L’après-midi, après le déjeuner et la petite sieste digestive, inutile de faire le va-et-vient sur la plage à la recherche du coin parfait. C’est peine perdue. Les places idéales sont toutes occupées. Certains membres d’une même famille se relaient pour ne pas perdre la leur.
    Ce genre de scènes est visible surtout les jeudis et vendredis. Les week-ends, Tigzirt connaît un grand rush. Cette coquette ville côtière grouille de monde depuis les premiers jours de juillet. Elle est littéralement envahie par les estivants et vacanciers. Leur nombre croît au fil des ans. Les réservations dans les hôtels et la location d’appartements chez des particuliers se font pratiquement dès les mois de mars et avril. Il est difficile, voire impossible, de trouver un appartement à louer lorsque la saison estivale bat son plein, c'est-à-dire en juillet-août.
    Dès les premières heures de la matinée, des fourgons de transport public commencent à déverser, sur les artères de la ville, des dizaines, voire des centaines d’estivants et de vacanciers venus des différents villages montagneux de la wilaya de Tizi-Ouzou. Certains font parfois près d’une centaine de kilomètres pour rallier Tigzirt, se baigner, bronzer. Les amateurs de poisson se payent quelques succulents plats de ce “fruit” de mer, du poisson frais et aussi, ce qui ne gâche rien, pas trop cher, avant de reprendre le chemin du retour par le même moyen de locomotion, c’est-à-dire les fourgons de transport public qui les ont amenés le matin.
    C’est ce que font Saïd, Brahim et Mohand, trois jeunes hommes de la Nouvelle ville de Tizi-Ouzou. Deux fois par semaine, durant la saison estivale, ils font des escapades vers Tigzirt pour se baigner et manger du poisson. Ils partent tôt le matin et reviennent tard le soir. “C’est ce qu’on fait depuis trois ans. Tigzirt est une station balnéaire merveilleuse. Une ville tranquille. Les habitants et commerçants sont très calmes. Leur sérénité déteint d’ailleurs, comme vous pouvez le constater, sur les estivants, les vacanciers et les visiteurs”, selon Brahim. “Elle déteint aussi sur les policiers. Ils sont moins excités et nerveux qu’ailleurs”, ajoute son ami Saïd, en souriant et en faisant un clin d’œil à Mohand. Celui-ci est sans permis pour plusieurs semaines. Un agent de police le lui a retiré pour avoir commis “une petite bêtise”, selon lui, en plein centre de Tizi-Ouzou.

    Tranquillité et sécurité

    Justement, à quelques mètres de là, un policier, en faction non loin du barrage de police à l’entrée ouest de la ville, presse une dame de remonter dans la voiture. Celle-ci, appareil photo à la main, a sauté du véhicule que conduisait son époux pour prendre une dernière photo du coquet port de Tigzirt. Malika, son époux et leurs enfants reprennent, le cœur lourd, le chemin du retour vers Tizi-Ouzou.
    La famille vit en France depuis de longues années. Elle devait s’envoler deux jours plus tard vers une ville froide, grise et brumeuse du nord de la France. Mais elle vient de passer un agréable séjour d’une douzaine de jours à Tigzirt. Un séjour inoubliable, passé entre la grande plage, les restaurants spécialisés dans le poisson, les ruines romaines qui offrent une vue splendide sur le littoral tigzirtois ainsi que les randonnées pédestres au port et sur le front de mer.
    Tigzirt subjugue le visiteur, l’estivant. Elle n’a pas usurpé sa réputation de ville propre. D’ailleurs, elle a décroché, il y a quelque temps, le deuxième prix de la ville la plus propre de la wilaya de Tizi-Ouzou. Elle fait partie des destinations algériennes les plus prisées par des vacanciers en quête de tranquillité et de sécurité. On y rencontre des vacanciers, en famille, venus de différentes régions d’Algérie. Il y aussi de nombreuses familles d’émigrés. Certaines passent une partie de leur séjour dans leur village ou ville d’origine auprès des leurs puis une partie à Tigzirt.
    Cette station balnéaire vit au rythme estival depuis début juillet. L’entrée ouest de la ville est pavoisée, sur plusieurs dizaines de mètres, aux couleurs nationales. Une multitude de drapeaux sont suspendus en rangées en travers de la rue principale qui traverse la ville d’ouest en est. Tigzirt grouille de monde pendant cette saison estivale. “Elle n’a pas les capacités d’accueillir autant de monde”, dira Rabah, la quarantaine, né et vivant en permanence à Tigzirt. C’est le constat que peut faire tout vacancier ou visiteur de passage. Les embouteillages paralysent parfois le centre-ville. L’automobiliste éprouve mille et une difficultés pour trouver où garer son véhicule. Mais ce sont des désagréments qu’on oublie rapidement devant les plaisirs et les paysages qu’offre cette station balnéaire.
    À commencer par ses trois plages : celle en contrebas de la ville, appelée la grande plage, Tassalast à l’ouest et Feraoun à l’est. Trois plages qui connaissent une grande affluence, notamment les week-ends.

    Des plages bondées

    La grande plage est certainement la plus fréquentée, parce qu’elle offre l’avantage de se trouver en ville, donc à proximité de la maison, des hôtels, des cafés et des commerces. Le vacancier peut s’offrir le luxe d’y aller “piquer une tête” à n’importe quel moment de la journée ou tout simplement se promener sur le petit chemin surplombant la plage avant de regagner le domicile ou l’hôtel. Cela est un avantage mais le revers de la médaille, l’inconvénient, est que cette plage affiche tout le temps complet, sauf en fin d’après-midi.
    Plus loin, à gauche, des mordus de la pêche à la ligne sont perchés sur des rochers battus par les vagues. Ils surveillent leurs cannes et les petits mouvements du fil au bout duquel sont accrochés les appâts à poisson sous l’œil amusé des promeneurs du Front de mer. Le soir et jusqu’à une heure avancée de la nuit, une grande animation règne sur le petit port de plaisance et de pêche. Les vacanciers y viennent pour passer le temps, respirer l’air marin et se faire fouetter les joues par la brise marine. Tout le monde y trouve son compte. Les grandes personnes se baladent sur les quais ou à travers les allées du jardin construit sur le site, tandis que les enfants s’approprient l’aire de jeux et surtout le toboggan.
    L’autre endroit qui attire les vacanciers et les visiteurs, c’est le site des ruines romaines qui surplombe le port et le Front de mer. D’ici, on peut contempler une bonne partie de la ville et tout le littoral  de Tigzirt. Les ruines semblent avoir subi un toilettage. Le prix d’entrée, qui est de 20 DA par personne, est un peu élevé, même pour un vacancier.
    Hakim n’a pas tort. Cet Algérois a choisi le bon endroit pour l’ancre, lui et sa famille, pour une période de quinze jours. Avant, il passait ses vacances à Mostaganem, “une belle région aussi”, souligne-t-il. Mais depuis trois ans, il a opté pour Tigzirt. Il n’est pas le seul à tomber sous le charme de cette ville. “Tigzirt est un petit centre plein d’avenir, au bas d’une forêt, dans un golfe limpide et toujours calme, sous un ciel toujours clément”. Cette phrase date d’il y a plus d’un siècle. Elle n’est pas tirée d’un guide touristique mais d’un livre publié en 1901 intitulé Grande Kabylie, légendes et souvenirs de C. Fabre.

    Entre le présent et le passé

    Cet auteur écrivait à l’époque : “On ne quitte pas Tigzirt sans avoir visité les tombeaux qui, vers l’Ouest, sont creusés dans tous les rochers du rivage, et se montrent béants et noirs sous le soleil, lavés souvent par les vagues, car la mer a rongé la côte, les blocs de granit sont descendus vers les flots, et bien d’entre eux ont disparu, à cause de cette destruction d’un nouveau genre que les Vandales n’avaient pas prévue et qui complète lentement leur œuvre.”
    Les fouilles dans les ruines antiques de Tigzirt restent à faire. Peu de chose a été fait jusqu’ici depuis l’Indépendance en 1962. Les sites ont été abandonnés pendant longtemps et ont subi de graves dégradations. Pourtant, ces lieux renferment des pans entiers d’histoire. L’Algérie a connu et s’est frottée à plusieurs civilisations. “Il est bien difficile de faire exactement la part de chacune des civilisations qui se sont succédé sur ce coin perdu de la côte d’Afrique. Néanmoins, les sépultures phéniciennes sont visibles , les restes des constructions puniques se montrent dans le quartier ouest de la ville. Mais tout disparaîtra bientôt”, écrivait C. Fabre.
    Que reste-t-il encore des vestiges dont parlait au début du siècle dernier C. Fabre ? Déjà, à l’époque, cet auteur tirait la sonnette d’alarme. Il accusait les colons français de se livrer à la dégradation des sites historiques. “Un village français s’élève à deux pas et emploie, pour édifier ses maisons, son école, son église, les pierres des ruines”, révélait-il.
    Bien avant C. Fabre, un autre auteur de l’Hexagone, M. Boissier, faisait un constat semblable. Il est même allé plus loin dans sa critique en écrivant : “Trois siècles de domination turque ont fait moins de mal aux ruines de l’Algérie que les soixante années de domination française qui viennent de s’écouler.” (dixit C. Fabre).

    Le poisson de Tamda Ouguemoune

    Ce regard dans le rétroviseur, sur l’histoire, c’est pour les historiens et autres fouineurs du passé. Mais pas pour Yacine. Ce fils d’émigré, la trentaine, né et vivant à Lyon, est porté plutôt sur les poissons, toutes espèces confondues. “C’est un délice !”, lâche-t-il, tout en se léchant les babines. C’est un habitué de Tamda Ouguemoune, une petite plage envoûtante, 7 km environ à l’ouest de Tigzirt, en contrebas de la route menant vers Béjaïa. L’endroit attire beaucoup de monde. Des vacanciers mais aussi des voyageurs de passage dans la région. Il est surtout réputé pour ses restaurants qui proposent, à des prix abordables, toutes les variétés de poisson frais.
    Tamda Ouguemoune était, à la fin des années 1990, une petite plage d’échouage. Les pêcheurs des villages environnants avaient construit quelques petites baraques pour entreposer leurs filets et outils de pêche. Aujourd’hui, l’endroit a complètement changé. Des restaurants, parfois à deux niveaux, ont été construits sur le bord de la plage. Tamda Ouguemoune est devenue pour la région de Tizi-Ouzou ce qu’est La Madrague pour Alger.

    M.A.H

     


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