•  Par Mohamed Arezki Himeur
    Algérie Confluences, 2011

    Une vue splendide, féérique, clamera le poète. La baie d’Alger est l’une des plus belles, sinon la plus pittoresque, du pourtour de la Méditerranée. Elle est conçue par dame nature sous forme de fer à cheval, allant de Raïs Hamidou (ex-Pointe Pescade) jusqu’à Tamenteffoust (ex-La Pérouse). Elle a inspiré, depuis des siècles, nombre de grands artistes peintres, écrivains, poètes, musiciens, chanteurs et photographes. Elle ne laisse, de par sa beauté, personne insensible.
    Khaled MAHIOUT: l'Artiste de la Casbah d'Alger

    Khaled Mahiout, 60 ans le 11 septembre 2011, éprouve un réel plaisir à faire partager, apprécier ce magnifique panorama avec des visiteurs qui pointent chez lui. Il en reçoit entre dix et vingt par jour. Des Algériens mais aussi des étrangers de différentes nationalités, y compris des personnalités politiques et culturelles de renom, notamment étrangères.

    Du haut de la terrasse de sa vieille bâtisse déglinguée, édifiée sur les ruines des maisons mauresques rasées par les forces coloniales du maréchal de Bourmont après la chute d’Alger en juillet 1830, le visiteur est fasciné par l’indescriptible tableau qui se déploie sous ses yeux : une admirable vue plongeante sur pratiquement toute la Casbah et ses terrasses en forme d’amphithéâtre, une grande partie des quartiers de la ville et, au loin, des localités du littoral est de la capitale jusqu’à Tementeffoust, l’autre bout  du fer à cheval de la baie d’Alger.
    « Accompagne-les », lance Khaled Mahiout à un jeune du quartier. Deux jeunes femmes, appareil photos à la main, grimpent sur la terrasse pour contempler la baie, la Casbah et les différents quartiers d’Alger. « Epoustouflant », lâchera l’une d’elles en redescendant. Un panorama que les deux jeunes femmes n’oublieront pas de sitôt.

    Parmi les touristes qui se rendent à la haute Casbah, beaucoup d’entre eux font un détour du côté de la terrasse de M. Mahiout. Il lui est même arrivé de préparer à déjeuner pour de petits groupes de visiteurs ramenés par des agences de tourisme. Au menu : des plats et gâteaux traditionnels, propre à la Casbah d’Alger.
    Un jour, Khaled Mahiout recevait un touriste français qui connaissait un peu la Casbah d’Alger. Grande surprise ! Des retrouvailles, près de 50 ans après, entre l’élève et son maître. Le touriste n’était autre que son ancien instituteur, Daupin Richard, à l’école Sarrouy, à la Haute Casbah. « Que le temps passe. Mon élève du CE2, et quelle surprise les retrouvailles sur la terrasse en avril 2007 (…) Impossible à décrire l’émotion », souligne l’ancien instituteur sur le livre d’Or de l’atelier de M. Mahiout. Depuis cette date, M. Richard revient tous les six mois rendre visite à son ancien élève.
    Le livre d’Or de Khaled Mahiout contient des centaines de messages, rédigés, dans différentes langues, par des visiteurs et des touristes. Faire découvrir le vieil Alger et sa baie, c’est son dada, sa passion. Mais ce n’est pas son gagne pain. Son activité, celle pour laquelle il se consacre depuis des décennies, avec ses deux enfants qu’il a formé lui-même, c’est la restauration à l’identique, avec des dessins et des motifs de l’époque ottomane, des portes, fenêtres, meubles et poutres des maisons et autres bâtisses de la Casbah.
    Khaled MAHIOUT: l'Artiste de la Casbah d'Alger


    Un vieillard qui meur
    t est une bibliothèque qui brûle

    Khaled Mahiout est un « artisan en menuiserie d’art traditionnel », comme l’étaient son père, son oncle et son grand-père. « Mon père, Mohamed, avait appris ce métier grâce à son frère ainé, Saïd, vers 1929/1930. Celui-ci (Saïd) avait travaillé comme artisan ébéniste sur les chantiers de construction de la Grande poste et de l’actuel siège de la wilaya d’Alger », dira Khaled Mahiout, rencontré dans son atelier au 76, rue Sidi Idriss Hamidouche, à la Haute Casbah. Un atelier appartenant à la famille depuis 1941. « Avant de s’installer ici, mon père travaillait dans un autre atelier, à quelques dizaines de mètres plus bas, dans la même ruelle », ajoute-t-il.

    Khaled Mahiout a commencé à se frotter au bois et aux outils d’ébénisterie depuis sa tendre enfance. Tout Petit, il venait tenir compagnie à son père. Il prenait une planche et la grattais, l’astiquais. Il reproduisait les gestes de son père qui lui demandait de toujours peaufiner ce qu’il réalisait. « Même si le petit travail que je faisais était parfait, mon père exigeait toujours plus. Il répétait que je pouvais faire mieux si je m’appliquais davantage », se rappelle Khaled.

    A partir de 1965, Khaled, âgé de 14 ans, a rejoint l’atelier. Son père lui demandait de le rejoindre dès sa sortie de l’école. Ce n’était plus pour jouer, s’amuser à astiquer les planches et les contreplaqués, mais à apprendre à fabriquer des portes, des fenêtres et autres matériaux pour les besoins des maisons et bâtisses mauresques de son quartier, la Casbah d’Alger. « Mon père insistait pour que j’apprenne le métier. Il voulait à tout prix transmettre, léguer son savoir-faire ». Mohamed Mahiout avait réussi son pari : passer le flambeau à l’un de ses enfants. Ce que d’autres artisans n’avaient pu faire. Leurs enfants et les apprentis qu’ils voulaient former montraient peu d’intérêts à l’ébénisterie. Ils abandonnaient l’apprentissage au bout quelques mois, voire de quelques semaines.
    Khaled MAHIOUT: l'Artiste de la Casbah d'Alger

    « Certains artisans étaient de grands maîtres, des artistes, des stylistes d’exception dans le domaine de l’ébénisterie traditionnelle. Je peux citer, entre autres, Abdelhamid Kobtane, Abdelkader Bentchoubane, Hadj Bounetta, Ammi Lounès et Ammi Zerrouki. C’était des artisans exceptionnels. Ils fabriquaient, avec art et amour, de très belles choses. Ils sont, malheureusement, partis en emportant avec eux tout un savoir et savoir-faire, une expertise acquis au prix de plusieurs décennies de travail et de réflexion », regrettera notre interlocuteur. L’écrivain et ethnologue malien Amadou Ampâté Bâ avait déjà évoqué ce problème crucial. C’était lui, le premier, à tirer la sonnette d’alarme en affirmant que chaque vieillard qui meurt en Afrique est une bibliothèque qui brûle.

    Khaled Mahiout est aujourd’hui seul sur la place, dans le domaine de l’ébénisterie traditionnelle propre à la Casbah d’Alger, à ses bâtisses, ses mosquées et ses édifices historiques. Ammi Abdelkader est le dernier vieil artisan à rendre le tablier. Il a aujourd’hui près de 90 ans. Le poids des ans a eu raison de sa ténacité et de son amour pour l’ébénisterie traditionnelle. « Il vient de temps à autre, juste pour voir l’atelier dans lequel il a trimé sa vie durant. Il est de la même trompe que mon père décédé et des autres anciens artisans. Ils aimaient leur métier, leur activité.», martèlera Khaled.

    « Si ce n’était mon père qui m’obligeait à venir quotidiennement à l’atelier, je n’aurai peut-être pas opté pour cette activité », admet M. Mahiout. « En étant enfant, je ne connaissais pas la valeur de cette activité. Mon père était tout le temps derrière moi, à mes côtés. Il était exigeant. Il ne pardonnait aucun travail bâclé, mal fait. C’était le cas de tous les autres artisans : ils recherchaient la perfection », ajoute-t-il.

    Khaled Mahiout applique, aujourd’hui, la même méthode avec ses enfants et les stagiaires. L’un de ses enfants a atteint un excellent niveau dans l’ébénisterie traditionnelle. Il a acquis une grande maîtrise dans la restauration et la restitution à l’identique des dessins et motifs des matériaux traditionnels.

    Une partie de son travail est visible à la Basilique de Notre Dame d’Afrique, sur les hauteurs de Bologhine à Alger. « Son travail parle pour lui. Il maîtrise très bien son métier », dira le père. Un autre de ses enfants travaille comme apprenti avec lui. « Il se débrouille bien, malgré son jeune âge », nous confie-t-il.

     

    Contribuer à la sauvegarde de la Casbah d’Alger

     

    Après le service militaire, Khaled Mahiout a décroché de la menuiserie d’art traditionnel. Il a travaillé pendant sept ans et demi au Trésor, à la place des Martyrs à Alger. En 1978, il a décidé, après le décès de son père, de reprendre la menuiserie familiale. « Je n’ai plus bougé depuis cette date. Je suis au même endroit et je poursuis l’activité que m’a léguée mon père. Je ne veux pas changer de créneau. Je continuerai dans la menuiserie d’art traditionnel, » souligne-t-il.

    Khaled MAHIOUT: l'Artiste de la Casbah d'Alger

    Khaled Mahiout a participé à la restauration des matériaux en bois de plusieurs édifices religieux et musées tels que, notamment, la Basilique de Notre Dame d’Afrique, le Bastion 23, le musée de Mustapha Pacha, djamaâ N’sara, djamaâ Ketchaoua. « Je réalise des objets et matériaux en respectant les normes d’origines vieilles de 300 à 400 ans. Je restitue l’objet, mais avec du bois d’aujourd’hui. Le visiteur aura du mal à se rendre compte que telle porte ou fenêtre de tel édifice a été changée. Pour cela, le respect des normes, des motifs et des dessins est obligatoire », estime notre interlocuteur. D’où ramène-t-il les motifs et les dessins anciens ? Des musées et des archives. « Avec la carte d’artisan, les musées nous permettent de consulter les dessins et les photographies anciennes de la Casbah d’Alger », ajoute-t-il.

    Khaled Mahiout ne rencontre aucune difficulté pour s’approvisionner en bois. « Les artisans en menuiserie d’art traditionnel sont servis en priorité », relève-t-il. L’idéal, pour lui, est d’avoir du bois rouge finlandais, réputé pour sa résistance, mais son prix est trop élevé. Le thuya, qui est un bois très prisé, est introuvable. « Il existe en montagne, mais sa coupe est interdite. Les services forestiers veillent aux grains », selon notre interlocuteur.
    En plus de son travail qui consiste à reproduire ou à restaurer, entre autres, des portes et des fenêtres anciennes, Khaled Mahiout est aussi formateur. Il assure la formation et des stages de recyclage au profit des jeunes envoyés par le centre Ourida Haddad, l’Assemblée populaire communale (APC, mairie) et la Chambre des métiers. La formation dispensée s’étale de 45 jours (recyclage) et dix-huit mois (formation complète).
    Khaled MAHIOUT: l'Artiste de la Casbah d'Alger
    Le souhait de Khaled Mahiout ? C’est de voir un jour la Casbah d’Alger reprendre ses couleurs d’antan. De voir disparaître le ciment ainsi que les portes, fenêtres et barreaux en fer qui ont transformé, abimé le paysage et le tissu architectural du vieil Alger. Cela ne peut se faire sans l’intervention des pouvoirs publics. « Les autorités doivent faire plus pour sauver et sauvegarder la Casbah. On ne doit pas la laisser mourir », dira Khaled Mahiout qui, par son activité, apporte, chaque jour, sa modeste contribution à la préservation de la Casbah d’Alger classé patrimoine universel par l’Unesco depuis 1992.

    M.A.Himeur

     


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  • Par Mohamed Arezki Himeur
    mai 2013
     

    Alger-la-blanche n’est pas « pauvre ». Elle n'est pas, comme on peut le penser, dépourvue de sites touristiques, historiques et culturels. Elle est semblable à toutes les capitales, à toutes les grandes villes de par le monde. Elle abrite, elle aussi, d’intéressants endroits qui méritent bien une visite, un pèlerinage.
    Alger: la grotte de Cervantès
    C’est le cas de la grotte de Cervantès. Le site, même s’il est quelque peu délaissé, livré aux aléas du temps et des intempéries, mérite bien un détour. On a placé des étais à écrous en acier afin de renforcer les parois rocheuses de la falaise abritant la grotte. Celle-ci est creusée dans la roche, à environ deux mètres du sol, dans un domaine appartenant, du temps de la Régence turque d’Alger, au caïd Hassan, d’origine grecque, désigné sous l’appellation de « renégat » par les chrétiens, après sa conversion à l’Islam.
    « L’endroit accueille quotidiennement des visiteurs, des Algériens et des étrangers. Ils sont émerveillés par la grotte et, aussi, par le site qui offre, comme vous pouvez le constater vous-même, une superbe vue sur la ville d’Alger et sa baie », dira Kamel, un jeune homme  âgé d’une trentaine d’années, enfant du quartier, rencontré sur place avec trois amis.
    « Le site est ouvert tous les jours, même la nuit. Il est éclairé la nuit par un puissant projecteur », ajoute-t-il. Mais il draine peu de monde. La cause ? « Parce qu’il est peu connu. Il ne figure pas sur les tablettes des offres et autres prestations touristiques des agences locales de tourisme », déplore-t-il.
    « Les medias en parlent rarement. Et lorsqu’ils daignent écrire quelques lignes, c’est pour mettre en relief l’insalubrité et la malpropreté ambiantes. Ce qui n’encouragent pas les touristes et autres visiteurs à faire le déplacement », selon Belaïd, un autre jeune du quartier.
    Des auteurs du 19ème siècle relevaient que la grotte était « naturelle », c’est-à-dire qu’elle n’a pas été percée. Ce qui est difficile à admettre compte tenue de la forme de la cavité.
    D’autres avançaient, par contre, que l’excavation avait été creusée par un certain Juan, natif de Navarre, jardinier du caïd Hassan, longtemps avant le projet d’évasion de Miguel de Cervantès Saavedra et de ses quatorze compagnons d’infortune. Il avait été chargé d’en extraire le tuf destiné aux allées du jardin de son maître, dont la résidence de villégiature se trouvait dans les environs.
    Juan, « gagné par Cervantès, avait creusé en secret, dans la partie la plus retirée du jardin, une grotte souterraine où, dès la fin de février de l’année 1577, s’étaient réfugiés divers captifs chrétiens, dont le nombre, successivement grossi par de nouveaux fugitifs, s’élevait à quatorze ou quinze », peut-on lire dans « L’admirable Don Quichotte de la manche », volume 1, de M. Damas Hinard, édition Carpentier, Paris  (1847).

    Alger: la grotte de Cervantès

    Echecs d’évasion recommencés
     

    « Cervantès, bien que demeuré chez son patron, dirigeait de ses conseils cette petite république invisible. Deux des conjurés le secondaient. Juan le Navarrais avait pour mission de faire le guet et de veiller à ce que personne n’approchât du jardin. Un autre esclave, surnommé le Doreur (el dorador), natif de Melilla, qui avait abjuré tour à tour le christianisme et le mohamétisme, était chargé des vivres et de les apporter en cachette au jardin d’Hassan. Quand Cervantès jugea prochaine l’arrivée du navire de délivrance, le 20 septembre de cette même année 1577, il s’échappa de la maison de son maître et alla rejoindre les fugitifs du souterrain », selon la même source.

    L’auteur de Don Quichotte ne vivait donc pas avec les autres candidats à l’évasion. Pendant que les captifs en fuite moisissaient dans le trou du Hamma, Cervantès se baladait dans les rues commerçantes de Bab-Azoun et Bab El-Oued, « Il est d’ailleurs fort douteux qu’elle (la grotte) ait servi d’asile à Cervantès », relevait Louis Piesse dans un de ses ouvrages daté de 1887.

    Le projet d’évasion avait échoué. Le navire dépêché depuis Valence ou Majorque pour embarquer les fugitifs avait rebroussé chemin, après avoir été repéré par les Turcs. Il avait fait une deuxième tentative d’approcher des côtes d’Alger. Sans succès. Dénoncés par El Dorador, leur acolyte, qui voulait vraisemblablement sauver sa peau, Cervantès et ses compagnons furent arrêtés et jetés aux cachots.

    La grotte du Hamma constituait, pour eux, « un endroit commode pour s’y cacher et pour s’embarquer », parce qu’elle était à la fois loin de la cité et proche de la plage connue aujourd’hui sous le nom des « Sablettes ». Un endroit réputé pour avoir été, quelques années auparavant, « la tombe » de l’armada de Charles Quint (1541). L’échec du débarquement sur les côtés d’Alger s’était transformé en cauchemar pour lui et sa puissante flotte. Il était attribué, par la légende populaire, aux saints de la ville, dont Boulegdour et Ouali Dada… 

    La casemate de Cervantès

     

    On accède à la grotte de Cervantès en grimpant un escalier de huit marches. Le même escalier conduit aussi vers une plateforme surplombant l’excavation, offrant une remarquable vue sur Alger, sa baie et le port. L’entrée est protégée, aujourd’hui, par une porte-grille en fer cadenassée.

    La grotte est située sur le boulevard portant le nom de l’auteur de Don Quichotte de la Manche, en contrebas du quartier de Diar El-Mahçoul, à un jet de pierres de Maqam Chadid (sanctuaire des martyrs de la lutte de libération nationale 1954/1962). Elle se trouve  à quelques centaines de mètres du mausolée du saint aux deux sépultures Sidi M’hamed Bou-Qobrine, de la villa Abdeltif (ex-villa « Médicis algérienne ») et du Musée nationale des beaux-arts.Alger: la grotte de Cervantès

    Le Jardin d’essai du Hamma, classé troisième plus beau jardin botanique du monde au 19ème siècle, et la Bibliothèque nationale d’Algérie se trouvent aussi dans le même secteur qui semble prendre les contours d’un futur quartier culturel et artistique de la capitale. Surtout si l’ancien abattoir de la rue des Fusillés y est intégré et transformé afin d’accueillir des activités culturelles et artistiques (bibliothèques, salles de cinémas, de conférences, d’exposition, de spectacles.)
    La grotte a été utilisée comme cachette par le célèbre écrivain lors de sa second tentative, en septembre 1577, de fausser compagnie à ses geôliers. L’auteur de Don Quichotte de la Manche, soldat dans l’armée de son pays, l’Espagne, a été débarqué à Alger le 28 septembre 1575 avec de nombreux autres captifs, dont son frère Rodrigo. Ils ont été interceptés et capturés par des corsaires turcs commandés par Arnaut Mami, d’origine albanaise. La galère « el sol » (le soleil) à bord de laquelle il se trouvait se dirigeait vers l’Espagne. Elle venait de Naples (Italie) d’où elle avait pris le large le 20 du même mois.

    L’assaut contre « el sol » avait été mené par Dali Mami, grec d’origine. « D’une audace peu commune, il semait la terreur sur les côtes espagnoles, qu’il parcourait jusqu’à Gibraltar (…) Il avait un caractère assez humain et ne maltraitait pas les Chrétiens », selon une étude publiée dans le Bulletin de la société géographie d’Alger et de l’Afrique du nord, N° 97 à 100, 1924.

    Evoquant son débarquement à Alger, Miguel de Cervantès écrivait, selon ce Bulletin, « quand j’arrivai, vaincu et que je vis cette terre si fameuse en tous lieux, qui accueille en son sein et protège tant de pirates, je ne pus me contenir et des pleurs, malgré moi, inondèrent mon visage défait. »

    Miguel de Cervantès, âgé de 28 ans au moment de sa capture, avait été libéré le 24 octobre 1780, après paiement d’une forte rançon, difficilement rassemblée par sa famille et des amis, de 500 écus or. Durant sa captivité à Alger, il n’était pas constamment mis au cachot, sous les fers. Il n’avait été  ni frappé, ni brimé. « Jamais Hassan (Pacha) ne lui donna des coups de bâton, ni ne lui fit donner, ni lui adressa de mauvaises paroles », écrivait-il dans « Le récit d’un captif ». « Il était autorisé à flâner dans les rues de la ville, devant les nombreuses boutiques des rues Bab El-Oued et Bab-Azoun, comme d’autres captifs », selon l’hebdomadaire « Annales africaines » du 29 février 1924.

    C’est, justement, cette liberté de mouvement qui lui avait permis d’organiser, avec d’autres captifs, quatre tentatives d’évasion. Et à chaque échec, ses geôliers l’enfermaient pendant quelques temps avant de le remettre de nouveau en liberté.
    Alger: la grotte de Cervantès


    La grotte des captifs

    Lors de sa seconde tentative d’évasion, quatorze captifs avec qui il voulait prendre le large s’étaient réfugiés, pour certains d’entre eux pendant plus de sept mois, dans la grotte. Ils ne sortaient hors de leur cache que la nuit, de peur d’être découvert. L’auteur de « la vie à Alger » était employé, selon l’humeur de son « maître », tantôt aux carrières, tantôt aux travaux de fortifications du port ou comme jardinier. C’est d’ailleurs lors d’un travail dans le jardin de Hassan qu’il avait rencontré et sympathisé avec El Dorador.
    Cervantès et son frère n’ont retrouvé la liberté qu’après le paiement de rançons. Son frère Rodrigo a été libéré le premier, tandis que Cervantès ne l’a été que bien plus tard. A son retour en Espagne, il a écrit « la vie à Alger », comédie dans lequel il relate sa captivité, et lance quelques flèches contre l’Islam  représenté en haute mer par des « renégats » de différentes nationalités.
    Lors d’une violente bataille navale ayant opposé les forces ottomanes et chrétiennes à Lépante (Grèce) le 7 octobre 1571, Cervantès a été blessé, notamment au bras gauche, ce qui lui a fait perdre l’usage de la main. C’est, depuis, qu’on l’appelait « « le manchot de Lépante ».
    Dans une réflexion sur la guerre, Miguel de Cervantès, écrivait, dans Don Quichotte de la Manche justement, « bienheureux les siècles qui ne connaissent point la furie épouvantable de ces instruments endiablés de l’artillerie, dont je tiens que l’inventeur aura reçu en enfer le prix de son invention démoniaque ».
    Beaucoup a été dit et écrit sur les conditions de détention des captifs à Alger. Ceux qui étaient chargés de leur rachat, généralement des religieux, noircissaient souvent le tableau pour faire croire que leur tâche n’était facile et, du même coup, mettre en valeur leur mission.
    « En réalité, en dehors de cas exceptionnels, les captifs n’avaient pas trop à souffrir. On en occupait quelques uns à des entreprises publiques, comme dans la construction des forts ou l’extraction de pierres dans les carrières (…) Mais la plupart vaquaient simplement à des travaux domestiques : ils étaient portiers, cuisiniers, jardiniers (…) Beaucoup même ne travaillaient pas du tout ; d’autres exploitaient un petit commerce. On leur laissait ordinairement une liberté assez grande », selon la même étude du Bulletin de géographie d’Alger et de l’Afrique du nord (1924).
    En 1887, la communauté espagnole d’Alger lui a rendu un premier hommage, en plaçant une plaque commémorative en marbre à l’entrée de la grotte, sur laquelle on pouvait lire : « Cueva refugia que fue del autor del Quijote, ano 1577 » (grotte qui fut le refuge de l’auteur de Don Quichotte, en l’année 1577). Il n’en reste que quelques fragments accrochés au mur, visibles encore aujourd’hui.
    Alger: la grotte de Cervantès
    Une commission formée en février de l’année suivante pour se prononcer sur l’authenticité de la grotte de Cervantès, composée de spécialistes, relèvera que « la dite grotte lui paraît réunir, quant à cette appellation, toutes les conditions topographiques et autres, indiquées par Haëdo, le seul écrivain – à son avis – dont le témoignage ait une valeur décisive en la question » (cf : Les feuillets d’el-djezaïr, l’enseignement à Alger depuis la conquête, souvenirs divers, de Henri Klein, 1920).

    Don Quichotte pour divertir

    Le 24 juin 1894, un buste, qui lui était dédié, a été placé à proximité de la grotte. Il portait l’inscription : « Recuerdo que a su memoria dedicaron El Almirante, Jefes y officiales de una escuarda espanola a su paso por Argel slendo Consul general et Marques de Congalez ano 1887 » (Souvenir dédié à sa mémoire par l’Amiral, les chefs et les officiers d’une escadre espagnole lors de son  passage à Alger, année 1887).

    Le buste a été remplacé plus tard, on ne sait pour quelle raison, par une stèle indiquant que « cette grotte doit son nom au grand écrivain espagnol grâce au rôle qu’elle a joué dans une de ses nombreuses tentatives d’évasion (…) Esclave pendant 5 ans, il tente à quatre reprises de s’échapper et c’est lors de la seconde tentative d’évasion en 1577 qu’il occupa la grotte en question, creusé à cet effet par un complice ».

    Cette stèle est érigée devant la grotte en 1926 à sa mémoire, sur un petit square planté de quelques arbres, dont un olivier sauvage et un palmier nain. Quatre bancs en bois, faisant face à l’entrée de la grotte, accueillent parfois, lorsque le beau temps est du rendez-vous, des jeunes du quartier pour une partie de dominos ou de cartes.

    Alger: la grotte de Cervantès

    La grotte a été délaissée pendant de longues années, après l’accession de l’Algérie à l’indépendance en 1962. En signe d’hommage à Cervantès, la Bibliothèque nationale d’Algérie a organisé, en 2004, une soirée poétique sur le square. Et l’année suivante, Algérie-Poste a émis un timbre à l’effigie de l’auteur de Don Quichotte de la Manche.

    Après des travaux de réfection et d’aménagement effectués à l’initiative de l’Institut Cervantès d’Alger, la grotte est rouverte en juin 2006 au public.

    Né début octobre 1547 à Alcala de Hénarès (Espagne), Michel de Cervantès est décédé le 22 avril 1616, à l’âge de 69 ans.

    Des statistiques publiés lors de la commémoration de son quatrième centaine en 1937 indiquaient que Don Quichotte a été édité 1369 fois depuis sa date de publication en 1605, dont 431 éditions en espagnol, 285 en français, 241 en anglais et 117 en allemand.

    Des traductions ont été faites dans de nombreuses autres langues, notamment en chinois, japonais, lithuanien, gaélique, magyar, tibétain, Mangole mais aussi en sanscrit et espéranto.

    L’incomparable succès, triomphe doit-on dire, de Don Quichotte viendrait peut-être du fait que son auteur l’ait rédigé avec les tripes et « en un lieu où toute incommodité a son siège, où tout bruit lugubre fait sa demeure », dira-t-il dans la première partie de l’ouvrage.
    Alger: la grotte de Cervantès
    En dépit de ce cadre lugubre, « j’ai par Don Quichottte procuré un divertissement aux cœurs mélancoliques et aux esprits chagrins », écrira-t-il dans « Voyage au Parnasse » (1614).

    Interrogé par des diplomates français sur ce qui était advenu de Miguel de Cervantès, un religieux chargé de lire la seconde partie de Don Quichotte avant la délivrance de l’autorisation d’impression, répondrai qu’il était vieux, hidalgo (noble) mais pauvre. « Comment se fait-il que l’Espagne ne donne pas à un tel homme l’aisance et même la richesse ? », s’interrogeait l’un des diplomates. « Mais un autre de ces messieurs dit avec beaucoup de finesse : si c’est le besoin qui le pousse à écrire, plaise à Dieu qu’il ne devienne jamais riche, pour que, en restant pauvre, il enrichisse le monde entier de ses œuvres », rapporte Martial Douël dans son livre « L’héroïque misère de Miguel de Cervantès, esclave barbaresque » (1930). 

     

    M. A. Himeur
     


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  • Par Mohamed Arezki Himeur
    Le Cap, bimensuel, Alger, mars 2010

    Le timbre poste est un ambassadeur. Un excellent messager. Il transporte et transmet un message. Parce que chaque timbre marque un événement, un fait historique, fait découvrir un site, une activité, un produit ancestral, un port, une ville, des espèces de la faune et de la  flore ainsi que nos us et coutumes. C’est un livre ouvert.
    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

    Ahmed Laroui n’a cessé de le marteler : la philatélie est « un monde merveilleux ». Elle vous transporte à travers le monde, à travers les siècles à l’exemple des timbres portant des images sur les vestiges antiques. Elle vous promène à travers des pays et des contrées lointains. Elle vous fait découvrir leurs géographies, les coutumes et les traditions de leurs peuples, leur histoire, leurs cultures, leurs ambitions et leurs rêves.

    Elle vous fait découvrir également des endroits merveilleux, des monuments historiques, des sites touristiques, des villes, des villages, de nombreuses espèces de la faune et de la flore de tel pays ou de telle région se trouvant à l’autre bout de la terre. Elle vous fait « rencontrer » des hommes illustres, des personnages et des personnalités qui ont marqué, à un moment de l’histoire, par leurs travaux, activités, inventions et autres, leur passage sur terre.

    Grâce à la philatélie, aux millions de timbres qui font sa collection personnelle et aux millions d’autres de ces petites vignettes exposées dans son petit magasin situé au autre centre d’Alger, Ahmed Laroui sait énormément de choses, sur un grand nombre de pays dans le monde. Le dernier timbre algérien venu enrichir sa collection, il l’a acquit 10 février dernier, lors de la vente du premier jour. Il est consacré aux essais nucléaires français dans le Sahara algérien.

    M. Laroui était parmi les premiers philatélistes à se présenter aux guichets de la Grande Poste pour acheter le timbre. Celui-ci « représente un vieil homme malheureux qui regarde avec horreur l’explosion et le champignon d’un essai nucléaire -- parce qu’il y en avait eu plusieurs -- français dans le Sahara algérien. Ça été une catastrophe sans précédent. Aucune mesure de sécurité n’avait été prise en faveur des habitants et aucun dédommagement n’a été accordé aux victimes de ces explosions nucléaires », dira-t-il.

    « A 08H00, j’ai fait la chaîne comme tous les philatélistes pour acheter ce timbre. Parce que chaque timbre algérien a son bulletin de naissance. Celui-ci marque le 50ème anniversaire de ces essais nucléaires qui ont fait énormément de dégâts. Et il fallait le marquer par l’émission d’un timbre poste. Comme le timbre voyage, il portera le message à tous les citoyens du monde sur ce que l’Algérie avait subi durant la colonisation. Vous voyez l’importance du timbre ».

    Le timbre intitulé « hommage aux victimes des essais nucléaires français en Algérie » a été mis en circulation le 13 février dernier, soit cinquante ans jour pour jour après l’explosion, le 13 février 1960, de la première bombe en atmosphère dans le Sud algérien. Une bombe qui avait fait énormément de dégâts. Et qui continue encore à faire des dégâts. Ses néfastes conséquences persistent. Elles sont visibles et palpables aujourd’hui encore sur les êtres humains, la faune, la flore et l’environnement.
    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

    « Les 40.000 habitants vivant dans la région en question subirent les effets de contamination locale, de la radioactivité de l’eau et des produits alimentaires. Les effets néfastes du nucléaire furent alors minimisés par le gouvernement français mais le combat mené par différentes associations appuyé par des colloques et conférences a fini par porter ses fruits, puisque le principe de l’indemnisation des victimes a été enfin pris en compte », lit-on dans le prospectus portant sur les caractéristiques du timbre et diffusé le 13 février, vente du premier jour du timbre en question.

    Après une mission effectuée en 1999 par une de ses équipes de spécialistes dépêchés au Sahara, l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA) avait recommandé d’interdire l’accès aux sites où étaient réalisés les essais nucléaires. Parce que ces endroits étaient, 40 ans plus tard, toujours pollués. Aujourd’hui encore, un demi-siècle après, cette recommandation est encore en vigueur.
    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

    Le timbre, excellent ambassadeur

    Le timbre mis en circulation sur ce thème est destiné, justement, à faire connaître ce crime contre l’humanité commis par la France coloniale en Algérie. Ce petit bout de papier de 43 x 29 millimètres, qui circulera à travers le monde grâce au courrier postal, dévoilera l’autre face hideuse de la colonisation française de l’Algérie. « Le timbre est vraiment un ambassadeur de notre pays. Un excellent messager. Il transporte et transmet un message. Parce que chaque timbre marque un événement, un fait historique, fait découvrir un site, une activité, un produit ancestral, un port, une ville, des espèces de la faune et de la flore ainsi que nos us et coutumes. C’est un livre ouvert », estime M. Laroui.

    C’est à l’âge de 6 ans qu’Ahmed Laroui, né le 10 août 1935 à El-Kantara, dans la région de Biskra, avait commencé dans la philatélie, avec une poignée de timbres qu’on lui avait offerts. C’était en 1941. Ce qui était, au départ, un passe-temps, était devenu, par la suite, avec l’âge, une activité à plein temps, permanente. Il passait son temps à récupérer des timbres. Il était tout heureux de constater que sa petite collection grandissait, commençait à prendre de l’épaisseur, à s’élargir, à s’enrichir au fil des jours, des mois et des années. Mais c’est en arrivant à Alger, en 1953, qu’elle avait commencé réellement à prendre de la consistance en volume et à s’enrichir, grâce aux contacts et relations noués avec d’autres philatélistes, en adhérant à des clubs et à des associations regroupant les mordus du timbre.

    A Alger, il voyait beaucoup de timbres défilés devant lui. Son premier emploi était magasinier dans une société de téléphone établie dans le quartier de Bab El-Oued. « Et comme tout le courrier reçu par la société atterrissait chez moi, je récupérais les timbres », se souvient-il. En 1957, il se retrouve sur le pavé. Il avait été, comme des milliers d’autres algériens, licencié, renvoyé, débarqué de son poste de travail, pour avoir suivi le mot d’ordre de grève de 8 jours lancé par le FLN, à la veille de l’examen de la question algérienne par l’Assemblée générale des Nations Unies.

    Après quelques mois de chômage, M. Laroui décroche un emploi comme postier à la Grande Poste d’Alger. Un travail idéal, un poste de rêve pour un amoureux du timbre. « Avec le temps, j’ai gravi des échelons. Avec le temps aussi, je voyais défiler devant moi énormément de timbres. J’avais compris que la philatélie, c’était important », relève-t-il.

    M. Laroui a passé sa vie à amasser des timbres. Sa collection compte actuellement quelques dix millions de timbres. « Avant, je faisais des expositions dans les écoles, les maisons de la culture et un peu partout dans le pays. Au début, lorsque j’exposais dans la rue, à la place du 1er mai, les passants me prenaient pour un fou, quoi que certains apprécient mon travail. La première exposition, en plein air, à la place du 1er mai remonte à 1963. Je l’ai réalisée avec l’aide M. Boubekeur Seddiki, un des responsables d’une association des habitants du quartier.  Au total, j’ai fais plus de 160 expositions nationales et internationales, en Europe et même en Chine, pour faire connaître mon pays », nous confie-t-il.
    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

    « Je peux dire que j’ai le plus grand musée du monde en miniature. Car chaque timbre, algérien en particulier, naît à partir d’une peinture, réalisée par un artiste peintre. Chaque timbre algérien est né à partir d’un tableau de maître. Je peux citer, entre autres, Mohamed Temmam, Mohamed Racim, M’hamed Issiakhem, Ali Kerbouche et Ali Khodja », dit-il. « Ce sont ces artistes peintres qui ont réalisé ces merveilles », souligne-t-il.

    « L’Algérie compte près de 2.000 timbres. Le premier timbre dans le monde date de 1840. Le premier timbre français a vu le jour neuf ans plus tard, c’est-à-dire en 1849. Les mêmes timbres français étaient utilisés en France et en Algérie jusqu’en 1924. Les timbres français étaient vendus en Algérie comme dans tout autre département français », selon M. Laroui.

    « Mais à partir du mois de mai de cette année-là (1924), l’Algérie, qui était sous le joug colonial, utilisait ses propres timbres. En mai 1958, les timbres algériens furent suspendus. Les autorités françaises avaient supprimé le mot Algérie pour tenter de nous faire croire que nous étions des français musulmans », précise notre interlocuteur. La couleuvre était trop grosse.

    « Le premier timbre algérien a été émis le 5 juillet 1962. Les philatélistes avaient eu droit à une vente anticipée, la vente du premier jour comme on l’appelle. Elle avait eu lieu le 4 juillet de la même année », selon M. Laroui.

    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

     

    « Exposition permanente » de timbres de 1840 à nos jours

    Malgré l’avènement d’Internet, « la philatélie se porte bien en Algérie », estime-t-il. « Des clubs existent un peu partout, dans chaque wilaya. Mais ils sont délaissés. Ils n’ont pas de locaux. Ils ne reçoivent, à quelques exceptions près, pas de subventions. Il y a beaucoup de clubs, de philatélistes qui vivent dans l’ombre, dans la rue », relève-t-il. M. Laroui préconise la création d’une Fédération algérienne de philatélie pour rassembler, réunir les philatélistes algériens.

    En dépit des millions de timbres amassés depuis 1941, M. Laroui considère que son œuvre reste encore inachevée. « Je suis à la retraite, mais je continue toujours mes expositions permanentes, dans mon magasin ». Pour acquérir ce local, où sont exposés aujourd’hui des millions de timbres, M. Laroui fut, contraint, la mort dans l’âme, de se séparer de toute sa collection de timbres européens. Comme il n’avait pas trouvé acheteur en Algérie, il l’avait vendue à l’étranger. C’est l’argent provenant de cette transaction philatélique qui lui a permis d’acheter le magasin qui lui permet aujourd’hui d’assurer une « exposition permanente ».

    « La philatélie en Algérie a démarré avec une grande exposition que j’avais faite en mai 1973 à l’UNAP, au 7, avenue Pasteur à Alger, grâce à l’aide de l’artiste peinte Farès Boukhatem, qui était à l’époque secrétaire général de cette organisation des artistes peintres algériens. J’avais invité une soixantaine d’ambassadeurs et 120 attachés culturels. Ça été un boom sans précédent pour la philatélie algérienne », se rappellera M. Laroui. C’était lui, Farès Boukhatem, qui lui avait ouvert la porte, la voie pour d’autres expositions.

    Combien de timbres y a-t-il aujourd’hui dans le magasin ? « Je n’en ai aucune idée. Il y en a quelques millions. Tous les timbre algériens émis depuis 1924 à ce jour son exposés ici », dit-il, tout en regardant avec amour les étagères pleines à craquer de ces vignettes qui font le bonheur de milliers de philatélistes. Parmi ces timbres, figure, pour ne citer que cet exemple, une collection complète de tous les timbres émis à travers le monde entier sur la princesse Lady Diana. Un vrai bijou, qui éblouit même le néophyte en matière de philatélie.
    Ahmed LAROUI: le "monde merveilleux" de la philatélie

    Parfois, M. Laroui reçoit dans son magasin des écoliers, des classes entières d’élèves, avec qui il discute, avec passion, ardeur, de la philatélie, de l’importance du timbre. « Les enfants aiment les timbres. Il suffit de déposer une boite de timbres différents devant un enfant pour découvrir ses penchants, ce qu’il aime : la faune, la flore, le sport, les animaux, les sites, les villes etc. A partir d’un timbre, on peut tracer la vie d’une personne », estime-t-il.

    « La philatélie est un domaine très vaste. Certains philatélistes font dans la thématique. D’autres se sont spécialisés dans un sujet bien précis, une catégorie spécifique d’oiseaux, de papillons, de personnalités, de disciplines sportives, de plantes etc. », selon M. Laroui.

    Dans le magasin d’Ahmed Laroui, situé près de la gare ferroviaire de l’Agha à Alger, il y a, évidemment, des timbres d’Algérie et de tous les pays depuis 1840 à nos jours. Mais il y a aussi une grande quantité de cartes postales d’Algérie de 1890 à 1970, originales ou de reproduction.
    (NB : Ahmed Laroui est décédé  en 2013. C’est son fils qui a repris le flambeau, avec la même passion, le même amour pour les timbres et les cartes postales de collections que son père) 

    M. A. Himeur


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  • Par Mohamed Arezki Himeur
    (Notre Afrik, magazine panafricain, février 2014)
    Zoubga est un village modèle, bien organisé. C’est une « petite république », avec son Assemblée élue (tajmat), un Comité exécutif, son président,  ses élus, ses lois et ses règlements. Cette organisation sociale ancestrale a été réactivée au milieu des années 1980. Le Comité exécutif, composé d’un peu plus d’une vingtaine de membres, tous bénévoles, est chargé de la gestion quotidienne des affaires internes et externes du village. Il compte plusieurs commissions chargées, chacune, de tâches et d’objectifs biens précis.
    Zoubga: la "petite République" de la montagne
    « Arrêt à Zoubga, un des plus beaux villages de la Kabylie du Djurdjura, enfoui dans la verdure, sous de grands arbres, au pied d’un des contreforts de l’Azro N’thor », peut-on lire dans un Guide touristique datant de 1901. Plus de cent dix ans (110) ans plus tard, Zoubga conserve jalousement l’image d’un village accueillant et remarquable. Les mutations subies depuis, les transformations architecturales de ses bâtisses, l’intrusion de la modernité dans les foyers n’ont nullement altéré la topographie des lieux et la courtoisie de ses habitants. Le visiteur, l’étranger est accueilli par la formule consacrée de « soyez le bienvenu. »
    Zoubga est un village montagneux de la région de Tizi Ouzou, en Kabylie, à 170 km à l’est d’Alger. La route depuis Tizi Ouzou, longue de 70 km, monte en zigzag jusqu’au village que surplombe du haut de ses quelques 1.900 mètres d’altitude le massif d’Azrou N’thor (rocher du Zénith). La placette, au milieu de laquelle trône un arbre géant, constitue le lieu de rencontres des habitants. Elle est entourée d’une mosquée, d’un bâtiment abritant une petite bibliothèque, le bureau du Comité du village et ceux de deux associations culturelle et sportive, et une cabine téléphonique publique. Un tableau d’affichage vitré placardé sur un mur d’une vielle bâtisse renseigne sur les dernières dispositions et mesures prises pour le bon fonctionnement du village.
    Zoubga: la "petite République" de la montagneLe regard du visiteur est attiré par une statue grandeur nature en bois d’un homme entrain de fabriquer des ustensiles de cuisine dans la même matière. Le travail du bois constituait, autrefois, la  principale activité économique du village. Les produits fabriqués étaient vendus sur les marchés de la région. Ils étaient appréciés et demandés. Cette activité n’est plus pratiquée aujourd’hui. Elle a disparu sous les coups de boutoirs des ustensiles en métal et en plastique. Les assiettes, les cuillères et les louches en bois servent, aujourd’hui, de décoration dans les foyers et les restaurants.
    Zoubga n’a pas usurpé sa réputation. Il est propre comme un sou neuf. Pas le moindre détritus dans ses étroites et sinueuses ruelles. II n’a pas volé non plus le prix du village le plus propre de la région de Tizi Ouzou qui lui a été décerné en octobre dernier par l’Assemblée populaire de wilaya (APW, Conseil régional).
    Certaines des personnes assises sur les bancs de la placette du village portaient le burnous. Cette cape traditionnelle, fabriquée avec de la laine de mouton et de brebis et pourvue de capuchon pointu, disparaît du paysage en été.  Son apparition annonce déjà l’arrivée de l’hiver. Une saison que les habitants appréhendent, parce qu’elle est faite de froid glacial et d’importantes chutes de neiges qui rendent difficiles, parfois impossibles, tout déplacement hors du village.
    D’ailleurs, comme à l’accoutumée, les habitants ont déjà pris, dès la fin de l’été, toutes les dispositions nécessaires pour rendre moins pénible la traversée de la saison hivernale. Ils ont fait le plein de provisions en produits alimentaires. Les réserves en semoule et légumes secs  ont été renouvelées. Les cuves de mazout pour chauffage sont remplies à ras-bord. Les stocks de bois de chauffe ont été renouvelés pour éventuellement prendre le relais au cas où le mazout venait à manquer. Les bouteilles de gaz butane utilisées pour la cuisine ont été remplies et entreposées dans des réduits de la maison.

    Zoubga: la "petite République" de la montagne

     A Zoubga, comme dans tous les villages montagneux, l’hiver est rude et les habitants sont coupés du reste du monde pendant plusieurs jours par de fortes chutes de neige atteignant, par endroit, plus de deux mètres de hauteur.
    En attendant, ses habitants continuent, depuis le 13 octobre dernier, de savourer leur victoire. Leur village, abritant quelques 1.300 âmes, a décroché, pour la deuxième fois depuis 2007, le trophée du village le plus propre de la région de Tizi Ouzou, en Kabylie, qui compte plus de 1.400 villages, 67 communes et  21 daïras (sous-préfectures).
    L’événement avait donné lieu à une grande fête : offrande de couscous pour les habitants et les visiteurs et concerts de musiques. Ça en vaut le coût. Car le prix décroché est assorti d’un montant de cinq millions dinars (50.000 euros) octroyé par l’Assemblée populaire de wilaya (APW, Conseil régional). Une somme qui permettra au village de réaliser de nouvelles infrastructures collectives.
    Cette deuxième consécration n’est pas tombée du ciel. Elle a été obtenue grâce à la volonté, la mobilisation, la discipline et le respect des règles régissant la gestion du village. Des règles consignées dans un petit livret adoptées en plénière, lors d’une Assemblée générale des habitants.
    Le wali (préfet) de Tizi Ouzou, Abdelkader Bouazghi, avait  qualifié ce concours du village le plus propre d’ « excellente » initiative et l’avait « applaudie et soutenue de toutes ses forces ». « Je place l’environnement au même niveau que le développement de la wilaya (département), car la situation est dramatique à Tizi Ouzou en matière d’écologie et surtout de gestion des déchets », avait-il souligné lors de la remise du prix.
    En fait, Zoubga a pris, sur ce plan-là, une longueur d’avance sur un grand nombre de villes et villages d’Algérie, y compris sur les autorités. La protection de l’environnement figure, depuis toujours,  parmi les préoccupations et les priorités de ses habitants, mises en pratique sur le terrain par le Comité du village.

    M.A. Himeur

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    Zoubga : un petit village, de grandes réalisations

    Zoubga est un village modèle, bien organisé. C’est une petite république, avec son Assemblée élue(tajmat), un Comité exécutif, son chef, ses élus, ses lois et ses règlements. Cette organisation sociale ancestrale a été réactivée au milieu des années 1980. Le Comité exécutif, composé d’un peu plus d’une vingtaine de membres, tous bénévoles, est chargé de la gestion quotidienne des affaires internes et externes du village. Il compte plusieurs commissions chargées, chacune, de tâches et d’objectifs biens précis.
    Ainsi, la commission d’arbitrages et de règlements a pour mission de trouver des solutions aux différends pouvant surgir entre des habitants. Le rôle de celle des affaires sociales est d’apporter aide et assistance aux démunis. Une autre commission est chargée de la réalisation et du suivi des projets sociaux, culturels et économiques adoptés par les villageois. Ces projets sont financés sur les fonds propres du village. Les investissements sont parfois très lourds.
    A titre d’exemple, la réalisation d’une adduction d’eau potable, longue d’environ 6 à 7 kilomètres, a coûté un peu plus de cinq millions de dinars (50.000 euros).
    Zoubga: la "petite République" de la montagne
    La construction (en cours) d’un centre culturel de trois étages engloutira 1,5 milliards de dinars (150.000 euros). L’achat de la pierre bleue ayant servi au dallage des ruelles du village a nécessité deux millions de dinars (20.000 euros). La construction d’un stade, la création d’un centre de santé et d’une crèche, l’achat d’un tracteur à beine pour le ramassage des ordures ont été financés par le village. C’est le village aussi qui paie les salaires de l’infirmière du centre de santé, du conducteur de l’engin de ramassage des ordures et des employées de la garderie d’enfants.
    La caisse de Zoubga est alimentée essentiellement par des cotisations annuelles des habitants fixées à 1.800 dinars (10,8 euros) par famille, des bienfaiteurs  du village et des dons collectés une fois par an à l’occasion d’une fête religieuse organisée sur sommet d’Azrou N’thor (rocher du Zénith). Le gros des fonds provient des expatriés du village établis notamment en France. Les travaux de réalisations des projets sont assurés gratuitement par les habitants, dans le cadre de campagnes de volontariat « obligatoire » pour tous.
    En vérité, les habitants de Zoubga n’ont rien inventé. Cette forme d’organisation sociale existe depuis des millénaires dans l’ensemble des villages de Kabylie. Ils ne font que continuer dans la voie tracée par leurs ancêtres, en remettant au gout du jour les règles et lois régissant les devoirs et les droits de chacun et de tous. Ces dispositions ont été actualisées et réaménagées en tenant compte des mutations et exigences d’aujourd’hui.
    Zoubga: la "petite République" de la montagneEn effet, s’il était permis, autrefois, à un habitant de jeter des ordures dans son propre champ, aujourd’hui cette pratique est prohibée et sanctionnée d’une amende de 1.000 dinars (10 Euros). Ceci est valable aussi pour un habitant qui jette ne serait-ce qu’un bout de papier sur la voie publique. Le fautif est puni d’une amande de 200 dinars (2 euros). Cette démarche explique la propreté permanente du village et de ses alentours. Tout le monde y participe : les femmes, les hommes et les enfants.  

    M.A. Himeur
     

     


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  • Par : Mohamed Arezki Himeur
    (Notre Afrik, mensuel panafricain, 2014, actualisé)

     Nous y sommes. « Qessam el-ouidane » annonce la fin du voyage. Un route de 425 km parcouru en près de sept heures – avec deux arrêts pour se restaurer et prendre un café -- en taxi collectif, un moyen de transport assurant les liaisons inter-wilayas (interdépartementales) en Algérie. Il avertit le voyageur qu’il est arrivé à bon port, qu’il est en plein cœur de Biskra. Une ville qui connaît seulement deux saisons dans l’année : un été sec et caniculaire dépassant généralement les 40 degrés à l’ombre et, pour le reste de l’année, un « printemps tout l’hiver », pour reprendre un slogan touristique des années 1930.
    « Qessam el-ouidane » signifie « coupeur de rivières ». C’est le surnom attribué par les Biskris (habitants de Biskra) à Sidi Zarzour, un érudit qui aurait vécu dans cette cité au XIème ou XIIème siècle. Ce saint patron de la ville n’a pas usurpé ce sobriquet. Il le tire de la ténacité de son mausolée face aux assauts répétés des crues qui déboulent des hautes montagnes des Aurès sur les oasis et palmeraies des plaines de Biskra.
    Le mausolée, peint en blanc et vert, est édifié sur le lit d’un important cours d’eau qu’on appelle tantôt oued Biskra, tantôt oued Sidi Zarzour. Comme l’aurait prédit le saint homme, son tombeau résiste encore aujourd’hui aux eaux en furie de la rivière qui se scindent en deux en heurtant le mur arrondi de la petite bâtisse. Celle-ci accueille à toute heure de la journée des pèlerins et des visiteurs locaux et étrangers à la région.Biskra: au pays de "deglet nour"
    Depuis 2012, la Direction du tourisme et de l’artisanat de Biskra organise, au mois de décembre, une fête traditionnelle au niveau de ce monument funéraire. Pour deux raisons : rendre hommage à la mémoire de Sidi Zarzour et valoriser les «référents culturels, cultuels et historiques des Ziban », nom désignant l’ensemble des ksour et villes-oasis de la région.

    La Perle du désert

    Biskra la « Perle du désert », Viscera du temps des Romains, compte au dernier recensement de 2008 plus de 200 000 habitants. Il abrite l’une des plus réputées stations thermales du pays et une oasis de quelques 184 000 palmiers dattiers. Ce fruit est présent partout, à chaque coin de rue. Les différentes oasis de la région éponyme comptent plus de 3,9 millions de palmiers dattiers, produisant bon an mal an, quelques 3 millions de quintaux, dont la fameuse « deglet nour », la plus succulente des nombreuses variétés de dattes produites en Algérie.  Le berceau de « deglet nour » est Tolga, troisième ville de la région abritant 55 500 habitants au dernier recensement (2008). Tolga abrite une oasis d’environ 284.000 palmiers dattiers. Même si elle est produite aujourd’hui dans de nombreuses régions d’Algérie et dans d’autres pays, comme la Tunisie, « deglet nour »,  qu’on appelle aussi « doigt de lumière » en raison de la transparence du fruit à sa maturité, porte le Label, l’identification géographique de Tolga.
    Biskra, porte du désert, est une ville moderne avec son université, ses instituts de formations, ses cités universitaires, ses magasins offrant des produits haut de gamme, ses hôtels, ses pizzerias et ses fast-food. Mais, elle a les pieds bien enracinés dans le savoir, le savoir-faire et la culture ancestraux. Les plats traditionnels continuent d’occuper le haut du pavé. Ils n’ont pas été détrônés par les pizzas et autres hamburgers.
    La dobara, célèbre soupe aux fèves ou aux pois chiches, « noyée » de huile d’olives et servie généralement bien épicée, est très appréciée aussi bien par les autochtones que par les touristes et visiteurs. Les petits restaurants proposant ce plat sont concentrés près du marché couvert, dans le centre ville. Ils demeurent ouverts toute la journée et une bonne partie de la soirée. La chakhchoukha, faite à base de pate feuilletée séchée découpée en dés et arrosée d’une sauce rouge riche en viandes, fait partie des spécialités culinaires de la région.

    Une ville d’histoire

    « Biskra n’était pas seulement une ville de la dobara, de la chakhchoukha et du thé à la menthe. Elle avait été, autrefois, l’une des plus appréciées destinations touristiques. Son sol avait été foulé par d’éminents historiens, savants, géographes, voyageurs, riches comtes et comtesses, artistes, écrivains, religieux et hommes politiques. La ville est citée dans des écrits et récits de voyage de l’historien Ibn Khaldoun, des voyageurs et géographes Moulay Ahmed, El-Bekri et El-Aïachi, du Prix Nobel français de littérature André Gide, de son coreligionnaire artiste-peintre et écrivain Eugène Fromentin, du musicologue hongrois Bela Bartok et du futur cardinal Lavigerie, chantre de la colonisation française, qui y passait tous les hivers », dira Abdelkrim qui aimait se présenter comme un « universitaire de formation et chauffeur de taxi par vocation. »
    Biskra: au pays de "deglet nour"

    Napoléon III y avait effectué une visite éclaire et Clare Consuelo Sheridan, cousine de Winston Churchill, militante trotskyste, avait vécu huit ans à Biskra à partir de 1926. Des comtes et des barons, Biskra en avait connu. Celui  qui avait laissé une emprunte indélébile n’est autre que le comte français Albert Landon Longeville, fondateur, en 1872, d’un superbe jardin qui s’étendait initialement sur une superficie de 10 hectares, complanté de plusieurs centaines d’essences végétales exotiques et locales.

     

     Future destination touristique ?

    Les Biskris éprouvent un réel plaisir à conter et raconter leur ville. « Biskra avait été pendant de longues décennies, à partir du milieu du 19ème siècle, une ville d’hivernage. Elle attirait de nombreux étrangers, notamment Européens, qui commençaient à affluer dès le mois de novembre et ne repartaient que vers la fin du mois d’avril. Son climat est très apprécié. Un grand nombre d’entre eux venaient d’ailleurs sur conseils de leurs médecins traitants. Certains s’y étaient établis définitivement », selon Lyès, un retraité de l’enseignement rencontré à « Qahwat Hsira » (Café de la natte), situé dans le vieux quartier de Sidi M’Cid.
    « Qahwat Hsira » est un café maure original. D’une superficie d’une vingtaine de mètres carrés environ, cet établissement accueille chaque jour des centaines de personnes. Il débite des centaines de litres de thé à la menthe verte par jour, alors qu’il ne dispose d’aucune infrastructure d’accueil. Il n’y a ni salle, ni tables, ni chaises. C’est un café maure « hors époque », servant du thé « à l’ancienne ». Les consommateurs qui y  défilent à longueur de journée, notamment en fin d’après-midi et le soir, prennent, en petits groupes, leur thé sur des nattes étalées à même le sol, sur les bords de la chaussée.

    Biskra: au pays de "deglet nour"


    Si Biskra-ville est peu nantie en matière de sites et curiosités touristiques, la région abrite une multitude de monuments historiques et de sites impressionnants par leur beauté. C’est le cas, pour ne citer que ces exemples, du canyon du Ghoufi qui s’étend sur plusieurs kilomètres, des troglodytes, des ksour, des oasis et des vestiges antiques disséminés à travers le territoire de la wilaya (département). Ce trésor devrait permettre à la région des « Ziban » (Biskra) de reprendre, plus tard, son rang de l’une des meilleures destinations touristiques du pays. Un rang qu’elle avait perdu durant la « décennie noire » (1990) marquée par des violences sanglantes liées aux groupes armés islamistes.

    M.A. Himeur

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     ILS ONT DIT SUR BISKRA :

    Biskra possédait « beaucoup de dattiers, d’oliviers et d’arbres fruitiers de différentes espèces. Les alentours sont replis de jardins, qui forment un bocage de six milles d’étendue. On trouve à Biskra toutes les variétés de la datte (…) beaucoup de savants légistes » -- El Bekri (Xème siècle de notre ère).

    « La foule qui se pressait aux portes de Biskra fut cause que je n’y entrai que le mercredi, vers l’Icha » --- El-Aïachi (1649 de notre ère)

    « Biskra est une belle et grande ville où il se gagne beaucoup d’argent, parce que la population y est nombreuse, le commerce actif et l’agriculture florissante. On y trouve un grand nombre de palmiers et d’oliviers, on y récolte du lin très fin. Il y a abondance d’eau courante sur lesquelles ont trouve plusieurs moulins. On y rencontre aussi des champs de henné, des pâturages, beaucoup de fruits et légumes. Les bestiaux et le beurre salé abondent sur le marché » --- Moulay Ahmed (1710)

    « L’hiver à Biskra est d’une beauté absolue. On s’y croirait dans le paradis terrestre (…) Il est impossible de trouver un site plus enchanteur » --
    E. Delaunay (1877)

    « Des ministres, des publicistes, des personnalités connues avaient déjà, les années précédentes, pu apprécier l'incomparable station d'hiver que sera un jour Biskra ; on y avait vu tour à tour Leygues, Ballu, Rampai, Lissagaray, Parodi, Rouart, André Gide et le chevaleresque de Mores qui rêvait déjà de s'enfoncer le plus avant possible dans le désert mystérieux.  Hiverneurs, malades, chasseurs, artistes, savants, poètes, venus des quatre coins de l'Amérique, de l'Europe et de l'Afrique même, se croisent, se rencontrent, se coudoient dans celle oasis délicieuse dont les charmes les ont séduits. » ---- Jean Hurabielle, abbé, (1898.)

    « Un des voyages les plus beaux et les plus instructifs que l'on puisse faire au monde est celui d'Alger à Biskra. Le chemin de fer côtoie d'abord l'admirable baie d'Alger, puis il passe par les gorges sauvages de Palestro, laisse à gauche les massifs couverts de neige de la Grande Kabylie, traverse les hauts plateaux, fertiles en blé, « l'ancien grenier de Rome … » --- Comité d'hivernage algérien. Alger reine des stations hivernales (1930 ?)

    « Au seuil du désert, la reine des Ziban, parée de son collier de palmes, vous invite à jouir de son éternel printemps. Rien de tel pour ceux qui veulent s’évader quelques temps de l’atmosphère enfiévrée des grandes villes, où, dont le cerveau surmené, aspire aux calme complet, rien de tel disons-nous, qu’un séjour à Biskra » -- Le Coup de Bambou, hebdo de Biskra (11/11/1934).

    Sites et lieux à visiter à Biskra-ville, entre autres :
    Sidi Zarzour
    Jardin Landon
    Quartier Sidi M’cid
    Djennan beykleck (jardin public)
    Jardin du 20 août (ex-Parc Dufourg)
    Biskra: au pays de "deglet nour" Marché aux oiseaux
    Gahwat Hassira (café de la natte)
    L’ancienne église (actuel siège local de la Forem)
    Gare ferroviaire (datant de 1890)
    Hammam Essalihine

     


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